Les produits agricoles et d’élevage sont particulièrement touchés par cette baisse, en lien avec l’objectif algérien d’autosuffisance alimentaire. Le président de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française, Michel Bisac a exprimé début novembre son inquiétude de la perte du marché algérien. Dans la foulée, il a lancé un SOS en direction des autorités de son pays craignant un exode des entreprises françaises en Algérie. «Si nous perdons ce marché, combien de temps faudra-t-il pour retrouver des clients capables de compenser ?» s’interrogeait-il. Aujourd’hui, l’actualité lui a donné raison puisque de nombreux secteurs d’activités ne sont plus preneurs.
La crise diplomatique et la tension qui en découle a eu raison des entreprises françaises qui peinent à placer leurs marchandises. La liste des produits agricoles français importés jusque-là depuis l’indépendance commence à s’amenuiser de jour en jour. Après le blé et la poudre de lait et le marché bovin, les exportations françaises de semences vers l’Algérie sont en baisse. De nombreux professionnels agricoles français se désolent de la perte de marchés en Algérie. La perte du marché algérien n’est pas sans conséquences pour les agriculteurs français. Un responsable de l’Union française des semenciers (UFS), Nicolas Baverez, évoque dans le quotidien Le Figaro un «Requiem pour l’agriculture française». Il parle d’une agriculture «passée du lent déclin à l’effondrement» et cite l’exemple de la chute de l’excédent commercial passé, sur les huit premiers mois de l’année, à 350 millions d’euros contre 4,5 milliards en 2024. «Pour la première fois depuis quarante ans, il sera nul voire négatif en 2025» dit-il. L’UFS brosse un portrait de la filière semences. Pour 2024-2025, elle note que «Si le maïs et les céréales progressent, la filière doit composer avec la fermeture de marchés comme la Russie, l’Ukraine ou l’Algérie, désormais de plus en plus autonomes et protectionnistes» Le média spécialisé AgroMatin qui rend compte de cette situation évoque «Une campagne semencière sous pression internationale» et parle même de «marchés qui se ferment et d’une concurrence accrue» à la suite des chiffres publiés par l’UFS. AgroMatin évoque une «même dynamique en Algérie, où des lots français sont désormais refoulés pour des raisons politiques».
Pour sa part, l’interprofession des semences et plants (SEMAE) rappelle que la campagne 2023-2024 a permis des exportations de 18 millions de semences vers l’Algérie, mais en baisse de 6%. Une baisse que n’a pas pu compenser la hausse des exportations de plants de pomme de terre qui ont connu une hausse de 20 % soit 6.216 t. Depuis 1995 grâce aux efforts de la filière céréales l’Algérie n’importe plus de semences. Comme l’indique l’OAIC, cet office «exploite, multiplie et commercialise exclusivement des variétés locales de céréales, certifiées par le CNCC».
Baisse de 21% des échanges commerciaux
Au premier semestre 2025, les échanges commerciaux ont atteint près de 5 milliards d’euros, marquant une baisse de 21% par rapport au premier trimestre 2024. Cette chute est principalement due à une forte baisse des exportations françaises (-21 %) et une chute moins marquée des exportations algériennes (-3,9 %). La situation est particulièrement affectée par le secteur agricole, tandis que d’autres secteurs comme les pièces automobiles et l’habillement montrent une forte croissance. Les exportations françaises vers l’Algérie ont chuté de 21 % au premier trimestre 2025, passant de 1,255 milliard d’euros à 992,5 millions d’euros tandis que les exportations algériennes vers la France ont baissé de 3,9 % au premier trimestre 2025, passant de 1,42 milliard d’euros à 1,36 milliard d’euros. Après trois années consécutives de croissance, les échanges commerciaux entre la France et l’Algérie ont reculé de 4,3 % en 2024, atteignant 11,1 milliards d’euros.
Cette baisse s’explique principalement par la diminution des prix des hydrocarbures, qui a entraîné une contraction des importations françaises en provenance d’Algérie. La France et l’Algérie, sont certes des partenaires particuliers mais plus vraiment privilégiés. Mais en effet la France perd du terrain, cela a commencé avant cette crise diplomatique. La France par exemple, qui fournissait 90% du marché algérien du blé tendre jusqu’en 2019, n’en exporte plus du tout aujourd’hui, plus assez compétitive par rapport à l’Ukraine et la Russie.
Si la Chine a détrôné la France de sa place de premier fournisseur de l’Algérie depuis 2013, d’autres pays savent tisser des liens économiques avec l’Algérie, qui ne sont pas embarrassés du poids de l’Histoire. Le monde des affaires français ne cache pas son inquiétude.
Mahmoud Tadjer
