La numérisation, particulièrement dans le secteur agricole, revêt une importance capitale pour non seulement connaître avec exactitude les capacités agricoles du pays, mais aussi pour améliorer l’efficacité et la productivité grâce à une meilleure prise de décision.
C’est pourquoi, selon le nouveau ministre de l’Agriculture du Développement rural et de la Pêche, Yacine Walid, «le défi consiste à introduire et généraliser les outils numériques dans un secteur encore largement marqué par des méthodes archaïques». L’ambition est de «rompre avec une agriculture dépendante des pluies et d’adopter des techniques modernes d’irrigation, de gestion et de suivi», a-t-il souligné, samedi lors de sa rencontre avec les investisseurs ayant bénéficié de terres agricoles dans les wilayas du Sud du pays.
Dans sa tentative de «secouer le cocotier» au sein de ce département stratégique, notamment au sud du pays qui s’affirme de plus en plus comme le grenier de l’Algérie, Yacine Walid a jeté un pavé dans la marre en soutenant que «les chiffres avancés sont des demi-vérités», en appelant à «une réforme structurelle du secteur», par l’intégration de nouvelles technologies». Selon lui, plusieurs institutions relevant de son ministère n’ont pas évolué depuis l’indépendance et ne correspondent plus aux réalités actuelles. «Une refonte en profondeur s’impose», a-t-il déclaré, insistant sur «l’importance d’intégrer les nouvelles technologies et les outils numériques afin de disposer de données fiables et en temps réel pour mieux orienter les décisions stratégiques».
Entre contraintes et défis
Pour l’expert en agriculture saharienne, Laala Boukhalfa, joint par «Crésus», «l’Algérie dispose de tous les atouts pour figurer parmi les grands producteurs mondiaux, mais elle souffre d’un manque de statistiques et d’une gestion insuffisamment structurée». C’est pourquoi, selon lui, «une nouvelle approche de gouvernance s’impose pour combler ce déficit organisationnel», insistant sur «l’importance d’intégrer les nouvelles technologies et les outils numériques afin de disposer de données fiables et en temps réel pour mieux orienter les décisions stratégiques». Interrogé sur l’état des lieux de l’agriculture saharienne, au moment où les produits agricoles se classent en deuxième position parmi les exportations du pays, notre interlocuteur a indiqué que «le développement de l’agriculture saharienne représente un axe essentiel de la nouvelle vision, à travers laquelle il est question d’assurer les principales cultures stratégiques grâce à l’extension de la superficie agricole utile».
Et si ce dernier a estimé que «l’Algérie arrivera à assurer sa sécurité alimentaire dans un proche avenir et deviendra un pôle agricole par excellence», force est d’admettre que, pour ce faire, estime Lalla Boukhalfa, «la mission du nouveau ministre de l’Agriculture devra consister à transformer les ambitions en résultats, d’accélérer la modernisation du secteur et de faire de l’agriculture un pilier central de l’économie nationale».
Une question de logistique
Pour ce qui est des difficultés rencontrées par les investisseurs agricoles au sud du pays, l’expert en agriculture saharienne a sérié un certain nombre de contraintes en citant, entre autres, «la disponibilité de l’eau, la forte consommation d’énergie ou de carburant pour faire fonctionner les pompes, les rampes-pivots…». A ces facteurs s’ajoute la variabilité climatique qui rend difficile la prédiction des rendements et expose les investisseurs à des risques élevés, avance-t-il.
L’isolement géographique n’est pas pour arranger les choses, selon notre interlocuteur, qui a expliqué que «le long transport vers les marchés induit des coûts de transports élevés pour le intrants et les produits sans parler des infrastructures de stockage insuffisantes, ce qui peut causer des pertes post-récolte». C’est dire que bien que l’Etat ait créé des portefeuilles fonciers pour les investisseurs, «les démarches, les décisions d’attribution, les contraintes légales ou réglementaires restent parfois complexes ou lentes», a-t-il déploré.
Ferhat Zafane
