Il a fallu des morts, des maisons emportées, des vies disloquées pour que l’indifférence structurelle du Makhzen apparaisse une fois de plus à nu.
Les récentes inondations qui ont ravagé la province d’Al Hoceïma au Maroc ne sont ni une surprise ni une fatalité. Elles sont le produit d’un mépris ancien, méthodique, institutionnalisé, exercé contre des populations reléguées au rang de variables négligeables dans l’équation du pouvoir.
Dans un communiqué sans ambiguïté, l’Association nationale pour la défense des droits de l’Homme au Maroc – section d’Al Hoceïma – met les mots que l’État refuse de prononcer. Elle parle de catastrophes répétées, de pertes humaines et matérielles graves, mais surtout de défaillances persistantes des autorités, malgré les alertes récurrentes. Ce communiqué n’est pas un simple message de solidarité : c’est un acte d’accusation.
Car tout était prévisible. Les zones à risque sont connues, les infrastructures défaillantes identifiées, les avertissements nombreux. Pourtant, rien n’a été fait. Ou plutôt si : on a fait semblant. On a géré à coups de promesses creuses, de visites protocolaires et de communiqués anesthésiants. Pendant ce temps, la «populasse», elle, patauge dans la boue, pleure ses morts et compte ses ruines.
L’association dénonce clairement le manque d’anticipation, la négligence et l’absence de mesures préventives, appelant à une intervention urgente pour secourir les sinistrés : hébergement, soins, alimentation, protection sanitaire. Mais elle va plus loin, exigeant des enquêtes sérieuses et la reddition des comptes contre tous ceux dont les manquements ont exposé les citoyens au danger. Une exigence que le Makhzen redoute plus que la catastrophe elle-même.
Dans ce système, la vie du citoyen pèse peu face à la tranquillité du pouvoir. La catastrophe naturelle devient un révélateur brutal : celui d’un État prompt à célébrer ses succès imaginaires, mais incapable de protéger ses citoyens quand la pluie tombe. Un État qui investit dans la mise en scène de l’autorité, mais pas dans la prévention, l’aménagement équitable du territoire et la dignité humaine.
En rappelant que la défense des droits humains inclut le droit à la vie, à la sécurité et à la dignité, l’association remet une vérité élémentaire au centre du débat : ce ne sont pas les pluies qui tuent, ce sont les politiques. L’inaction, le mépris social et la relégation territoriale ont un coût humain. Al Hoceïma en paie encore le prix.
Ce communiqué est un signal d’alarme. Reste à savoir s’il sera entendu, ou, comme tant d’autres, noyé dans le silence d’un pouvoir qui ne se sent jamais comptable devant ceux d’en bas.
S. Méhalla
