Plus diplômés, plus diversifiés et souvent insérés professionnellement, les nouveaux arrivants démentent les idées reçues.
Alors que le discours ambiant en France stigmatise souvent les immigrés, les chiffres récents de l’Institut français de la statistique et des études économiques (Insee) battent en brèche cette approche. Selon l’Insee, entre 2006 et 2023, la France a vu croître le nombre d’arrivées d’immigrés, passant de 234 000 à 347 000 par an. L’origine des immigrés a profondément changé en vingt ans, a précisé l’Insee. L’Afrique, avec 45% des nouveaux arrivants en 2023, a supplanté l’Europe, désormais à 28%. Malgré les transformations, le Maghreb reste constant dans ce paysage. «Chaque année, (le Maroc et l’Algérie) figurent parmi les trois premières origines des personnes immigrées arrivant en France», note l’Insee. L’Espagne, l’Italie et le Portugal conservent eux aussi une place importante, bien que leur part ait décliné avec le temps. Les cinq premières nationalités d’origine sont l’Algérie (12,2 %), le Maroc (11,7 %), le Portugal (7,9 %), la Tunisie (4,8 %) et l’Italie (3,9 %). Mais au-delà de tous ces chiffres, c’est le profil de ces immigrés qui retient l’attention.
Des profils plus qualifiés
Selon l’Insee, les nouveaux immigrés sont de plus en plus diplômés. En 2023, plus de la moitié des personnes âgées d’au moins 25 ans possédaient un diplôme de l’enseignement supérieur. En 2006, ils n’étaient que 41%. L’Afrique est le continent qui enregistre la plus forte progression. «Une personne sur deux née en Afrique et arrivée en 2023 est diplômée du supérieur», précise l’étude. L’Algérie, souvent pointé du doigt dans le débat public, contribue largement à cette évolution. A titre illustratif, la communauté médicale algérienne représente aujourd’hui la première nationalité étrangère parmi les praticiens formés hors Union européenne exerçant sur le territoire français. Elle représente près de 40% de l’ensemble de cette catégorie de médecins étrangers.
Taux d’emploi en hausse
Les chiffres de l’Insee sonnent le glas d’une autre idée reçue, véhiculée par le discours anti-immigration en France, selon laquelle les immigrés ne travailleraient pas. Le taux d’emploi des immigrés de 15 à 64 ans atteint 71 %, un chiffre similaire à celui des non-immigrés. La part de nouveaux immigrés en emploi l’année qui suit leur arrivée est globalement stable entre 2006 et 2023.
En moyenne, un nouvel immigré sur trois âgé d’au moins 15 ans est en emploi au début de l’année qui suit son arrivée en France. La part des personnes immigrées occupant un emploi augmente ensuite avec leur durée de présence sur le territoire, notamment du fait d’une meilleure connaissance de la langue et du marché du travail français, de la fin de leurs études, ou encore en raison de la constitution d’un réseau professionnel. Depuis 2006, la dynamique est claire. Les taux d’emploi augmentent pour toutes les origines, particulièrement chez les immigrés venus d’Afrique ou d’Amérique. «La migration féminine est de plus en plus autonome», a souligné l’Insee, notamment pour les études ou le travail.
Ces trajectoires contredisent l’image d’une immigration subie ou désorganisée. Cette étude de l’INSEE confirme, certes, l’importance croissante de l’immigration dans la société française. Mais elle confirme également que l’insertion professionnelle, l’élévation du niveau de diplôme et la diversité croissante des profils dessinent une immigration bien différente de celle véhiculée par les discours alarmistes.
Saïd S.
