Proche du président Emmanuel Macron, Rodolphe Saadé est la première personnalité française à se rendre en Algérie depuis la visite du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, début avril.
Alger et Paris reprennent langue. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a reçu le patron du groupe maritime français, CMA GMA, Rodolphe Saadé. L’audience s’est déroulée en présence de Boualem Boualem, chef de cabinet à la présidence et Saïd Sayoud ministre du Transport, indique un communiqué de la Présidence de la République. Le patron de CMA CGM est arrivé hier matin à Alger pour parapher plusieurs accords et participer à des réunions de haut niveau avec les autorités. Saadé est accompagné de son équipe dirigeante, dont la vice-présidente Christine Cabau Woehrel, et de son conseiller diplomatique, Patrice Bergamini. L’ambition du groupe, n° 3 mondial du transport et de la logistique maritimes, se concentre particulièrement sur la concession du port d’Oran. Un site stratégique, situé à mi-chemin entre Alger et l’Europe, que CMA CGM lorgne pour y établir un hub logistique de premier plan, via sa filiale CMA Terminals. Il projette ainsi la création de terminaux à conteneurs modernes.
Il était aussi question d’inaugurer une ligne maritime directe entre Marseille et Oran, opérée par la filiale de CMA CGM, La Méridionale. L’ambition de l’armateur de porte-conteneurs français est de devenir l’acteur privé majeur du fret maritime en Algérie. Le groupe prévoit plusieurs milliards d’euros d’investissements à moyen terme, à travers la construction d’infrastructures portuaires modernes, des terminaux à conteneurs et une implication directe dans la gestion logistique. Il s’agit d’une ligne maritime entre Marseille et Oran, opérée par La Méridionale, filiale de CMA CGM, qui serait également envisagée. Le projet pourrait générer plus de 2000 emplois directs. Déjà présent dans neuf ports algériens, dont Alger, Annaba, Bejaia, Skikda et Ghazaouet, CMA CGM souhaite passer à une phase supérieure, en obtenant la gestion complète d’un terminal stratégique. En septembre dernier, il avait obtenu une taxe réduite pour les marchandises à destination de l’Europe via les ports d’Oran et de Bejaïa, signe d’un traitement préférentiel validé en haut lieu. Dans le cadre d’une réorganisation de ses services en Algérie, le groupe CMA CGM a annoncé en janvier que toutes les marchandises destinées à Oran, Mostaganem et Ghazaouet transitent désormais soit via Algésiras, soit via Valence au lieu de Tanger. Cette annonce fait suite à la décision du 10 janvier dernier de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers d’Algérie (ABEF), de refuser toute opération de domiciliation de contrats de transport prévoyant un transbordement/transit par les ports marocains. L’Association des banques a ordonné aux entreprises algériennes de s’assurer auprès des opérateurs économiques que le transbordement/transit n’a pas lieu via les ports marocains.
De son côté, Maersk a annoncé, le 24 janvier, rediriger la majorité de ses expéditions vers les ports d’Alger, Skikda et Bejaia via Barcelone et Algésiras, mettant ainsi fin aux opérations de transbordement à Tanger Med. Le patron de cet armateur devait se rendre à Alger au mois d’avril dernier, mais la crise politique entre l’Algérie et la France qui a gagné en intensité a tout remis en cause. Sa visite a été annulée. Conséquence de cette décision, le Conseil du Renouveau économique algérien (CREA) a annoncé l’annulation de sa visite en France, y compris la rencontre prévue avec le Mouvement des entreprises de France (MEDEF), prévue le 9 mai dernier. «Il est paradoxal que les mêmes autorités françaises, qui expriment des préoccupations quant à la participation limitée des entreprises françaises aux appels d’offres internationaux en Algérie, prennent des mesures qui entravent les initiatives d’investissement privés», déplore le CREA. «Face à cette situation incohérente et aux signaux négatifs adressés aux acteurs économiques algériens», le CREA estime qu’il «n’est pas opportun de maintenir sa visite en France ni sa rencontre avec le MEDEF». L’organisation patronale algérienne «réaffirme son engagement en faveur de partenariats internationaux fondés sur la réciprocité, la transparence et le respect mutuel et demeure mobilisée pour défendre les intérêts de l’économie algérienne et de ses acteurs».
La visite à Alger du patron de CMA GMA serait-elle un signe d’une reprise et l’entame d’une nouvelle phase dans les relations algéro-françaises ? Serait-elle un prélude à un retour à la normale et de l’édification d’un partenariat d’égal à égal, serein et apaisé ? Seul, le temps est juge.
M.T
