En accueillant l’IATF 2025, Alger renforce son rôle de locomotive de la libération économique africaine.
En septembre prochain, Alger s’érigera en capitale économique africaine à l’occasion de la 4ᵉ édition du Salon africain du commerce interafricain (IATF 2025). Ce rendez-vous, qui prévoit la participation de plus de 2 000 exposants de 75 pays, la venue de 35 000 visiteurs professionnels et des engagements financiers dépassant 44 milliards de dollars, se distingue par son ambition. Placé sous la «haute tutelle politique» au sommet de l’État, il apparaît comme un moment fort vers l’affirmation économique du continent africain.
L’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, figure emblématique du panafricanisme, n’a pas mâché ses mots : la rencontre d’Alger est, selon lui, «une nouvelle étape dans le processus de libération économique» du continent. Pour cet ancien chef d’État, l’initiative prouve que l’Algérie dispose «de la vision et de la volonté» pour transformer un simple salon d’affaires en un outil stratégique d’intégration continentale. Plusieurs responsables africains partagent cette conviction, allant jusqu’à considérer que le rendez-vous algérois pourrait devenir le socle d’une politique économique africaine unifiée, où les échanges intra-continentaux cesseraient d’être l’exception pour devenir la règle.
Alger a été choisie pour accueillir la 4ᵉ édition de l’IATF en raison de son engagement historique envers l’Afrique, marqué notamment par la Conférence d’Alger de 1969, symbole de soutien aux luttes de libération. Jadis «maison politique» de l’indépendance africaine, la capitale ambitionne désormais de devenir son «moteur économique».
Sur la voie de l’indépendance
Pour les autorités, l’intégration économique africaine constitue «la deuxième étape sur la voie de l’indépendance». Dans cette optique, l’IATF 2025 représente un véritable test grandeur nature pour prouver qu’une Afrique économiquement forte est à portée de main.
L’événement se tiendra au Palais des expositions des Pins maritimes, en partenariat avec la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), la Commission de l’Union africaine et le Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Un cadre institutionnel solide, taillé pour conclure des accords commerciaux, lancer de nouvelles initiatives et mettre en place des réseaux économiques transfrontaliers.
L’Algérie mise sur un atout maître : sa position géographique, trait d’union naturel entre le Nord et le Sud du continent. Ajoutons à cela ses infrastructures modernes, son expérience dans l’accueil d’événements panafricains et sa capacité logistique, et l’on comprend pourquoi Alger aspire à devenir un «pont économique» incontournable. Pour plusieurs experts, cette posture pourrait, à terme, transformer la capitale en centre névralgique des négociations économiques africaines.
Le président de la République a d’ailleurs donné des instructions fermes : faciliter la venue des délégations, mobiliser toutes les infrastructures disponibles, coordonner les institutions et multiplier les espaces de rencontres et de négociations. Des mesures qui témoignent d’un engagement politique fort, salué par les partenaires internationaux.
Pour Afreximbank et la Commission de l’Union africaine, Alger ne se contente pas d’accueillir, elle agit. Les organisateurs voient dans ce rendez-vous l’opportunité de poser les bases d’une plateforme permanente de coopération économique, moteur de la ZLECAf et levier de solidarité africaine. Mais ils préviennent : l’enjeu sera de traduire les promesses en actes concrets et mesurables, pour éviter que l’IATF ne reste qu’une vitrine brillante mais éphémère.
L’éloge de la Jordanie
Cette dynamique trouve un écho du côté arabe. La Maison jordanienne de l’exportation a ainsi affirmé que le Salon du commerce intra-africain (4 – 10 septembre) représente une étape stratégique pour réaliser l’intégration arabo-africaine. Dans un communiqué publié mercredi, l’institution a salué «une plateforme importante» pour accroître les échanges commerciaux entre l’Afrique et le reste du monde, tout en renforçant la coopération économique arabo-africaine. Elle y voit également une opportunité pour nouer des contacts avec les hommes d’affaires des pays participants et identifier les opportunités offertes par les marchés africains.
Elle a souligné l’importance de la mobilisation algérienne pour garantir le succès de la manifestation et considère que ce salon constitue une nouvelle étape dans le développement des relations économiques entre pays africains et arabes. La Jordanie, qui participe pour la première fois à l’événement, sera représentée par douze entreprises issues de secteurs variés : agroalimentaire, chimie, bâtiment, cosmétiques, plastique, télécommunications et éducation.
Un élan à entretenir
Au-delà des trois jours du salon, l’Algérie veut prolonger la dynamique. Dans ses cartons, une «feuille de route africaine» : simplification des procédures douanières, modernisation des infrastructures, harmonisation des législations et incitation à l’investissement mutuel. Une ambition qui se double d’un pari sur l’avenir : intégrer pleinement les jeunes entrepreneurs, start-up et innovateurs africains dans le circuit, afin de bâtir une économie fondée sur la connaissance, la technologie et la créativité, tout en valorisant les ressources locales.
Le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, a d’ailleurs exprimé l’espoir de voir le salon se conclure par la signature de contrats d’une valeur totale pouvant atteindre 44 milliards de dollars. Il a qualifié l’événement de «sommet économique de haut niveau» et de manifestation «de prestige par excellence», appelant les entreprises nationales, publiques et privées, à décrocher le maximum d’accords de partenariat.
En accueillant l’IATF 2025, Alger renforce son rôle de «locomotive de la libération économique» africaine. Forte de son héritage militant et de son savoir-faire organisationnel, elle s’affirme comme un acteur capable de transformer des slogans en politiques concrètes.
Au final, ce rendez-vous dépasse le simple cadre commercial. C’est un signal politique clair : l’Afrique entend écrire elle-même son avenir, tisser des partenariats équilibrés et réduire sa dépendance extérieure. L’ancien mot d’ordre «L’Afrique aux Africains», né dans les luttes pour l’indépendance, se mue aujourd’hui en programme d’action. Et dans les allées du Palais des expositions, entre les stands d’innovations et les tables rondes de décideurs, se jouera peut-être une part du futur économique du continent.
Assia M.
