S’exprimant hier à l’émission «L’invité du matin» sur la Chaîne I de la Radio nationale, le chef de cabinet de la secrétaire d’État chargée des Mines, Djamal Eddine Choutri, a livré une lecture stratégique de l’entrée en exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet, qualifiée de véritable tournant pour l’économie nationale.
Selon lui, l’exploitation du gisement de Gara Djebilet constitue «un rêve devenu réalité», après être resté pendant des décennies prisonnier des sables du désert. Avec des réserves estimées à 3,5 milliards de tonnes, ce gisement figure parmi les plus importants au monde et devrait donner une forte impulsion à l’économie nationale.
L’un des principaux atouts du projet réside dans son mode d’exploitation à ciel ouvert, permettant des coûts de production compétitifs, renforcés par la disponibilité du gaz naturel et de l’énergie solaire.
Le chef de cabinet a souligné que la ligne ferroviaire reliant Gara Djebilet à Béchar représente un véritable défi géographique et logistique, aujourd’hui relevé. Cette infrastructure stratégique permettra l’acheminement du minerai après une première phase de traitement sur le site de Gara Djebilet, avant son transfert vers Béchar pour finaliser le processus.
À partir du mois de mai prochain, des quantités importantes de minerai commenceront à être transportées vers les unités industrielles, notamment le complexe Tosyali à Oran et l’unité de Toumiat à Béchar, dont l’entrée en service est prévue fin 2027.
Un changement d’échelle
Choutri a rappelé que la capacité nationale actuelle de production de fer, concentrée essentiellement dans l’est du pays, ne dépasse pas 900 000 tonnes par an, destinées principalement au complexe d’El Hadjar et à certaines cimenteries.
Avec Gara Djebilet, l’Algérie ambitionne un saut qualitatif majeur, avec une production initiale de 4 millions de tonnes de minerai de fer par an, appelée à monter en puissance pour atteindre, à l’horizon 2032, 20 millions de tonnes extraites, dont 10 millions de tonnes de boulettes et de concentrés de fer.
Souveraineté industrielle
L’exploitation locale de cette matière première renforcera significativement la souveraineté industrielle du pays, alors que les unités industrielles algériennes importent actuellement des matières premières pour des montants dépassant un milliard de dollars par an.
Ces importations seront progressivement remplacées par une production nationale, issue soit du gisement de Gara Djebilet, soit des unités industrielles implantées dans la wilaya de Béchar, réduisant ainsi la facture extérieure et renforçant la valeur ajoutée locale.
Un impact direct sur le PIB
Selon Choutri, l’entrée en exploitation de Gara Djebilet permettra d’augmenter la contribution du secteur minier au produit intérieur brut, qui passera de 1% actuellement à 5%, traduisant un repositionnement stratégique du secteur dans l’économie nationale.
Le chef de cabinet a également souligné que le pari du président de la République consiste à assurer un meilleur positionnement de l’Algérie dans les chaînes de valeur, à travers la création d’une ville minière intégrée.
Les assiettes foncières destinées à accueillir cette ville ont déjà été identifiées. Le projet devrait générer 500 emplois directs à court terme, avec une dynamique économique appelée à s’amplifier au fur et à mesure de l’extension des unités de production.
Zinc, plomb et phosphate : d’autres projets structurants
Outre le fer, Choutri a mis en lumière d’autres projets miniers stratégiques. La production nationale de phosphate est actuellement estimée à 2 millions de tonnes par an, tandis que celle du zinc et du plomb reste très limitée, à quelques centaines de tonnes seulement, d’où la nécessité de nouveaux projets.
Le projet de zinc et de plomb d’Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, permettra la création de 800 emplois directs et 4 000 emplois indirects. Dès mars prochain, l’ouverture de la mine et la construction de l’usine de traitement débuteront avec une capacité d’extraction de 2 millions de tonnes de minerai par an, transformées en 170 000 tonnes de zinc et 30 000 tonnes de plomb annuellement, en partenariat avec un opérateur australien de renommée mondiale utilisant des technologies respectueuses de l’environnement.
Entièrement algérien, le projet de phosphate de Tébessa s’inscrit dans la stratégie nationale de sécurité alimentaire. Il générera 1 200 emplois directs et sera réalisé sur trois sites. À Bled El Hadba, la mine et l’usine de traitement produiront 10 millions de tonnes de matière brute par an, transformées en 6 millions de tonnes de produit intermédiaire. Ce produit sera ensuite acheminé vers Oued El Kébrit (Souk Ahras) pour la production d’environ 6 millions de tonnes d’engrais et de fertilisants. Le troisième site concerne le port d’Annaba, qui fait l’objet d’une extension dédiée au port minéralier, parallèlement à la réalisation de la ligne ferroviaire Est, en vue d’un début des exportations à l’horizon 2027.
K. Zemmouri
