Il est des communiqués qui éclairent. D’autres qui trahissent. Celui publié par les Émirats arabes unis appartient à la seconde catégorie.
Sous couvert de défense du droit international, Abou Dhabi condamne la riposte iranienne tout en passant sous silence l’attaque initiale menée contre Téhéran. Le message est limpide : la réaction est dénoncée, l’agression est effacée.
Cette inversion morale n’est pas une maladresse diplomatique. C’est une posture. Une ligne. Une constante. On invoque la souveraineté quand elle sert ses alliances, et on l’oublie lorsqu’elle contrarie ses équilibres stratégiques. On brandit la Charte des Nations unies, mais à géométrie variable. L’indignation sélective devient méthode.
Les Émirats se présentent comme un pôle de stabilité, un hub financier moderne, un médiateur régional rationnel. Mais derrière cette image policée se dessine une réalité plus complexe avec les interventions indirectes, financements d’acteurs armés dans plusieurs théâtres arabes, soutien à des forces parallèles, rivalités d’influence. De la Libye au Yémen, des Corne de l’Afrique aux recompositions du Golfe, Abou Dhabi n’a jamais été un simple spectateur. Toujours acteur. Parfois catalyseur.
Dans le cas présent, le communiqué condamne des frappes iraniennes qualifiées de violation flagrante du droit international. Soit. Mais où est la condamnation des frappes préalables contre l’Iran? Où est le rappel du principe d’égalité souveraine des États? En droit international, la légitime défense n’est pas un slogan, mais un concept encadré. La diplomatie émiratie semble, elle, encadrée par ses alliances.
Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la position adoptée, mais le signal envoyé. Certains États auraient le droit d’agir préventivement, d’autres n’auraient même pas celui de répondre. Cette hiérarchie implicite des souverainetés affaiblit l’ordre international que les Émirats prétendent défendre.
Abou Dhabi parle de stabilité régionale. Mais la stabilité ne se construit pas sur le silence stratégique ni sur l’alignement automatique. Elle exige cohérence et équité. À force de dénoncer unilatéralement la réaction sans nommer l’action initiale, on sape la crédibilité même du discours diplomatique.
Les Émirats veulent apparaître comme un centre financier global, un acteur incontournable de la transition énergétique, un pont entre les blocs. Mais la puissance économique ne remplace pas la cohérence morale. On ne peut prétendre défendre le droit tout en pratiquant l’amnésie sélective.
L’histoire régionale est saturée d’ingérences, de calculs d’influence, de jeux d’alliances changeants. Chaque acteur porte sa part de responsabilité. L’Iran n’est pas exempt de critiques, loin s’en faut. Mais condamner uniquement celui qui riposte tout en taisant celui qui frappe revient à entériner une logique de force asymétrique.
La diplomatie n’est crédible que lorsqu’elle est constante. Juste. À défaut, elle devient communication stratégique. Et dans une région déjà fracturée, ce double standard nourrit davantage la méfiance que la paix.
À vouloir apparaître comme champion de la stabilité, Abou Dhabi risque de s’installer dans le rôle inverse, celui d’un acteur qui choisit ses principes selon ses intérêts. Or, dans un Moyen-Orient au bord de la saturation stratégique, la cohérence n’est pas un luxe moral. C’est une nécessité politique.
S. Méhalla
