À moins d’une semaine d’un scrutin décisif, la France vit au rythme d’une nouvelle crise politique qui s’annonce dévastatrice. Acculé de toutes parts, le Premier ministre François Bayrou a choisi on ne sait par quelle «logique» de mettre en jeu la survie de son gouvernement à travers un vote de confiance, prévu le 8 septembre, sur un plan d’austérité destiné à réduire un déficit public jugé alarmant, car selon ses dires, la France est confrontée à «un danger immédiat» en raison de sa dépendance à la dette.
Le projet Bayrou, qui prévoit, en effet, 44 milliards d’euros d’économies budgétaires, la suppression de jours fériés ou encore le gel des dépenses, a déclenché une vague d’oppositions. Dans une Assemblée nationale profondément fragmentée depuis les élections anticipées de 2024, la démarche de Bayrou apparaît comme un pari risqué. Aucun camp politique majeur, (ni la gauche, ni l’extrême-droite, ni une partie de la droite traditionnelle), n’a annoncé son soutien. Pire, la gauche et le Rassemblement national ont annoncé leur intention de voter contre. À l’origine de cette confrontation, une situation budgétaire inquiétante : la dette française avoisine les 3 300 milliards d’euros, tandis que le déficit reste autour de 5 % du PIB, loin des critères européens. Pour le Premier ministre, il s’agit d’envoyer un signal de rigueur et de crédibilité aux marchés financiers. Mais pour ses adversaires, le plan est socialement explosif et économiquement dangereux. Si François Bayrou échoue à obtenir la confiance des députés, il sera contraint de remettre sa démission au président de la République. Emmanuel Macron devra alors choisir entre deux options. Soit nommer un nouveau Premier ministre, au risque de répéter l’impasse actuelle, ou convoquer de nouvelles élections législatives.
Une perspective redoutée à l’Élysée comme à l’Assemblée, tant l’équilibre politique demeure incertain. Au-delà du jeu institutionnel, les implications économiques sont majeures. Les marchés financiers ont déjà réagi : recul du CAC 40, hausse des taux d’intérêt de la dette française et inquiétudes des milieux d’affaires, qui redoutent une entrée en récession. Plusieurs entreprises mettent en garde contre un climat d’instabilité rappelant les turbulences italiennes des années passées. Sur le terrain social, la contestation se prépare. Les syndicats appellent à une journée de mobilisation le 10 septembre, deux jours après le vote, pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une remise en cause des acquis sociaux. Certains observateurs redoutent, pour leur part, un regain de tensions comparable à celui des Gilets jaunes. La situation politique actuelle en France illustre clairement les difficultés d’un exécutif affaibli dans un paysage parlementaire éclaté. Elle illustre aussi l’incapacité du gouvernement Bayrou à s’unir y compris en ce qui concerne la politique extérieure, comme l’illustre la crise avec Alger. Elle ravive aussi, rappellent des observateurs, le souvenir des instabilités gouvernementales de la IVe République, marquées par des majorités introuvables et des gouvernements éphémères.
En engageant sa responsabilité, François Bayrou joue son avenir politique mais aussi, selon ses propres mots, «le destin du pays». Lundi prochain, l’Assemblée dira si elle lui accorde la confiance. En cas de rejet, la France s’ouvrira à une nouvelle zone d’incertitude, à la fois politique, économique et sociale.
A.I.
