Réunis à Washington, sept pays plaident pour un rééquilibrage budgétaire prudent, un taux de change flexible et un FMI mieux doté.
Lors de la 54ᵉ réunion du CMFI, les 16 et 17 octobre, le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohand Bouraï, a alerté, au nom de sept pays, sur les risques pesant sur l’économie mondiale, notamment les conflits, l’inflation et les incertitudes financières.
Le groupe appelle à des politiques économiques adaptées aux réalités nationales et à un meilleur soutien financier du FMI aux pays vulnérables.
Une résilience mondiale sous pression
Si l’économie mondiale demeure globalement résiliente, les disparités se creusent entre les régions et les pays, selon leur exposition aux conflits, leur intégration technologique et leur capacité à absorber les chocs extérieurs. La hausse des prix alimentaires pèse sur le pouvoir d’achat des ménages, tandis que la persistance des pressions inflationnistes pourrait contraindre les banques centrales à relever davantage leurs taux directeurs. Sur les marchés financiers, la relative stabilité repose notamment sur les anticipations de gains de productivité liés aux investissements dans l’intelligence artificielle. Cette confiance contraste toutefois avec les marges de manœuvre limitées des États, confrontés à un endettement élevé, à des déficits publics importants et à des coûts d’emprunt croissants.
Les marchés face à un double risque
Le groupe des sept pays souligne le décalage potentiel entre les anticipations des marchés et les réalités économiques. Les investisseurs ont considéré les conséquences des conflits comme temporaires, tout en misant sur la rentabilité des investissements technologiques.
Le premier pari apparaît déjà trop optimiste. Les effets économiques des conflits se prolongent, alors que les réponses des pouvoirs publics se révèlent insuffisantes. Si les gains de productivité attendus de l’intelligence artificielle ne se concrétisent pas, les investissements et la croissance pourraient également ralentir, notamment dans les économies intégrées aux chaînes de valeur technologiques.
À ces risques s’ajoutent une possible extension des conflits au Moyen-Orient et en Europe, ainsi qu’une correction de la valorisation des actifs technologiques.
Sept pays, des trajectoires divergentes
Les pays signataires subissent différemment les chocs extérieurs. L’Iran est pénalisé par les dégâts liés à la guerre, tandis que le Maroc et la Tunisie font face à la hausse des coûts énergétiques. Le Pakistan et le Ghana redoutent respectivement une baisse des transferts de fonds et un durcissement des conditions de financement. À l’inverse, l’Algérie et la Libye pourraient bénéficier de la hausse des prix de l’énergie pour renforcer leurs équilibres budgétaires et extérieurs et soutenir l’investissement.
Le FMI appelé à adapter ses recommandations
Le groupe préconise des politiques économiques adaptées aux spécificités nationales, conciliant réduction des déficits, soutenabilité de la dette et protection des populations vulnérables. Il recommande une meilleure coordination des politiques budgétaire et monétaire, le renforcement des recettes intérieures et la stabilité des prix. La flexibilité du taux de change et une communication claire des banques centrales sont également jugées essentielles pour absorber les chocs extérieurs et préserver la confiance.
Financement du développement : des attentes envers le Fonds
Tout en soutenant le plan d’action mondial de la directrice générale du FMI et ses trois principes directeurs, les sept pays demandent davantage de précisions sur les besoins de financement et les modalités de mise en œuvre des politiques d’ajustement, notamment dans les pays à faible revenu. Ces derniers sont confrontés à une raréfaction des financements concessionnels, sur fond de recul de l’aide publique au développement. Le groupe souligne également l’importance du renforcement des capacités institutionnelles pour accompagner les ajustements économiques sans compromettre les priorités de développement.
Quotes-parts : accélérer les réformes
Sur la gouvernance du FMI, le groupe réaffirme son attachement à une institution solidement financée, reposant sur les quotes-parts et occupant une place centrale dans le dispositif mondial de sécurité financière. Il appelle à accélérer les procédures nationales d’approbation de l’augmentation des quotes-parts prévue dans le cadre de la 16ᵉ révision générale, après les retards enregistrés, et réclame des avancées décisives dans le processus de la 17ᵉ révision, conformément aux principes directeurs de Diriyah.
Assia. M
