Les attaques contre les infrastructures, les menaces sur le détroit d’Ormuz et l’arrêt de production au Qatar ont déjà fait bondir les marchés. Le Brent dépasse 85 dollars le baril, tandis que les prix du gaz en Europe grimpent de près de 50%.
Les tensions au Moyen-Orient font grimper les prix de l’énergie. Attaques sur le gaz et le pétrole, perturbations dans le détroit d’Ormuz, et les marchés ressentent déjà l’impact.
L’importance stratégique du golfe Persique pour le commerce mondial du pétrole est sans équivalent. Cela s’est vérifié sur les marchés, lundi 2 mars, deux jours après le lancement de l’offensive américano-sioniste contre l’Iran.
Les prix se sont envolés de 9% à l’ouverture des échanges, dépassant brièvement les 80 dollars pour un baril de Brent, la référence mondiale. Le baril de WTI nord-américain gagnait, lui, 7,18 % à 71,83 dollars.
Hier, les prix du pétrole brut Brent en mer du Nord ont augmenté de plus de 8% pour atteindre 85,12 dollars le baril, leur plus haut niveau depuis juillet 2024. Parallèlement, les prix du pétrole brut doux West Texas Intermediate (WTI) aux États-Unis ont augmenté de plus de 7% pour atteindre 76,47 dollars le baril.
La décision de l’Opep+ dimanche d’augmenter la production de pétrole mondiale de 206.000 barils par jour a néanmoins pu contribuer à modérer un peu cette hausse de prix.
Les conséquences d’une escalade
Alors que le marché anticipait, au début, une guerre de courte durée, les acteurs ont commencé à prendre conscience que le risque d’une escalade est très élevé. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% du pétrole mondial en temps normal, est devenu impraticable pour les compagnies maritimes.
Un responsable iranien a menacé lundi de «brûler tout navire» tentant de franchir ce passage stratégique. «Nous attaquerons également les oléoducs et nous ne laisserons pas une seule goutte de pétrole quitter la région», a affirmé le général SardarEbrahimJabbarisur le compte Telegram des Gardiens de la révolution.
Selon Bloomberg, dans le pire scénario, le baril pourrait franchir le seuil des 108 dollars. JPMorgan Chase n’écarte pas que les prix du Brent puissent grimper jusqu’à 120 dollars le baril. En l’absence de perspective de désescalade rapide, les risques de hausse persistent et s’accroissent à mesure que le conflit s’éternise.
Certes, des infrastructures alternatives au Moyen-Orient peuvent être utilisées pour contourner les flux transitant par le détroit, mais l’impact net demeure une perte effective de 8 à 10 millions de barils d’offre de brut. Et même sans arrêt total de la production, la hausse des primes liées au conflit, les modifications d’itinéraires et la réévaluation des assurances peuvent maintenir les coûts du pétrole et du fret à un niveau élevé.
Effet spectaculaire sur le gaz
Les prix du gaz ont également subi les contres coups de ce conflit. Un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié transite également par Ormuz, principalement en provenance du Qatar. On peut même dire que l’effet est plus spectaculaire sur les marchés du gaz. Hier matin, les prix ont grimpé jusqu’à presque 40 euros du mégawattheure.
La banque américaine d’investissements Goldman Sachs estime que l’interruption des flux du gaz pendant un mois entraînera une hausse des prix de référence du gaz TTF et JKM de l’ordre de 130% pour atteindre 74 euros par mégawattheure.
Spectre d’un choc pétrolier
Le contexte est encore très incertain, mais tout porte à croire que le prix du baril va continuer de s’envoler dans les prochains jours.
Idem pour le gaz. Et que l’issue dépendra finalement de la durée de ce conflit et l’opérabilité de infrastructures pétro-gazières visées par des attaques et l’ampleur des dégâts. Les marchés peuvent absorber une tension ponctuelle, mais ne sauraient s’accommoder d’une incertitude prolongée quant aux flux commerciaux transitant par le détroit d’Ormuz. Les tensions autour de l’Iran ravivent le spectre d’un nouveau choc énergétique.
Au-delà de la seule question pétrolière, c’est toute la chaîne de transmission économique qui risque d’être affectée, notamment via les coûts de production et de transport.
Le conflit et ses conséquences sur le trafic maritime pourraient représenter un «choc» dans les échanges «au pire moment possible», alors que le commerce mondial est déjà «mis à rude épreuve par l’offensive de Trump sur les droits de douane», après laCovid et la guerre en Ukraine, relève une note de la banque ING citée par l’AFP.
De telles perturbations feraient grimper les coûts du carburant et de l’industrie, de nombreux intrants industriels provenant d’Asie, en particulier de Chine.
S. Smati
