«L’Algérie ne travaille pas selon la logique de l’urgence ou de l’information conjoncturelle. Elle est pleinement consciente de l’ampleur des menaces qui pèsent sur sa sécurité», explique Mohamed Cherif Daroui.
La lutte contre le terrorisme et les menaces sécuritaires demeure au cœur des priorités de l’Algérie, comme en témoignent les récentes opérations menées par les unités de l’Armée nationale populaire (ANP).
Récemment, les forces de l’ANP ont neutralisé sept terroristes lors d’une opération militaire conduite dans le sud du pays, permettant également la récupération d’armes lourdes et de munitions. Dans la même dynamique, des détachements combinés de l’ANP ont neutralisé, dans la nuit de dimanche, quatre narcotrafiquants armés dans la localité d’Arak, dans la wilaya de Tamanrasset, relevant de la 6e Région militaire.
Une doctrine sécuritaire fondée sur la continuité
Intervenant sur les ondes de la chaine I de la radio algérienne, Mohamed Cherif Daroui, analyste géopolitique et en planification stratégique, a indiqué que ces opérations illustrent la continuité de l’engagement de l’armée dans la lutte contre le terrorisme et les menaces transnationales. Selon lui, l’Algérie ne réagit pas uniquement à des événements ponctuels mais agit dans le cadre d’une stratégie durable et globale face aux risques sécuritaires.
«L’Algérie ne travaille pas selon la logique de l’urgence ou de l’information conjoncturelle. Elle est pleinement consciente de l’ampleur des menaces qui pèsent sur sa sécurité», explique l’expert.
Dans cette logique, les différents phénomènes — terrorisme, criminalité organisée, trafic de drogue ou traite d’êtres humains — sont considérés comme un bloc sécuritaire unique menaçant la stabilité du pays. Cette approche permet aux institutions sécuritaires, notamment l’ANP, d’agir dans une logique stratégique à long terme, fondée sur la prévention et l’anticipation.
L’importance de l’action préventive
Pour l’expert, les opérations militaires qui aboutissent à la neutralisation d’un terroriste ou d’un petit groupe peuvent paraître limitées sur le plan statistique. Mais sur le plan opérationnel, elles envoient un message fort.
«L’élimination d’un seul terroriste envoie un signal clair à ceux qui soutiennent ou financent ces groupes», souligne Daroui. Il insiste sur le fait que l’ANP agit selon une logique de contrôle de chaque parcelle du territoire, et pas seulement des frontières. Les opérations menées dans les profondeurs du Sahara ou dans les zones isolées témoignent de la capacité des forces armées à anticiper les menaces avant qu’elles n’atteignent les zones urbaines.
«Le fait de neutraliser les menaces dans les zones désertiques ou isolées est en soi une réussite stratégique, car cela empêche leur propagation vers les centres urbains», précise-t-il.
Terrorisme et crime organisé : une relation étroite
L’expert souligne également l’existence d’un lien structurel entre terrorisme et criminalité organisée, notamment le trafic de drogue. Selon lui, ces réseaux fonctionnent dans une logique d’interdépendance : les trafiquants ont besoin de routes sécurisées, souvent contrôlées par des groupes armés ; les organisations terroristes ont besoin de financement, fourni notamment par ces trafics.
« Dans la doctrine sécuritaire moderne, ces menaces sont considérées comme une seule et même masse criminelle », explique Daroui. Il ajoute que la question de la drogue ne relève plus uniquement d’un commerce illégal classique, mais s’inscrit parfois dans des stratégies visant à fragiliser la société, notamment en ciblant la jeunesse.
La guerre d’usure contre les réseaux criminels
Pour Mohamed Cherif Daroui, la stratégie algérienne ne se limite pas à la défense. Elle repose aussi sur ce qu’il appelle une « guerre d’usure inverse ». Chaque opération de saisie de drogues, chaque démantèlement de réseau ou neutralisation de groupe terroriste représente, selon lui, un coût humain, matériel et logistique pour les organisations criminelles et leurs soutiens.
« Chaque opération réussie de l’ANP constitue une forme d’épuisement pour les ennemis de l’Algérie, car elle entraîne des pertes humaines, matérielles et financières pour ces réseaux », affirme-t-il.
L’expert insiste également sur le rôle déterminant du renseignement dans la lutte antiterroriste. L’information constitue, selon lui, le point de départ de toute opération sécuritaire, depuis la collecte des données jusqu’à l’intervention sur le terrain. Cependant, il estime que cette dimension ne doit pas être uniquement institutionnelle. La société elle-même doit participer à cet effort.
« La sécurité nationale n’est pas uniquement la responsabilité des institutions. Le citoyen joue aussi un rôle essentiel dans la transmission de l’information et la vigilance collective », explique-t-il.
Vers une culture de vigilance citoyenne
Mohamed Cherif Daroui appelle à développer une culture nationale de la vigilance et de la responsabilité citoyenne face aux menaces sécuritaires. Pour lui, la lutte contre le terrorisme dépasse la dimension militaire. Elle implique également une dimension sociale, culturelle et intellectuelle.
« La bataille n’est pas seulement sécuritaire, elle est aussi intellectuelle et sociétale. Le niveau de conscience et d’engagement des citoyens constitue un pilier fondamental de la sécurité nationale », conclut-il.
I. Khermane
