À la suite de plusieurs drames tragiques sur les routes algériennes, notamment l’accident de l’autocar qui a chuté dans l’Oued El Harrach ayant coûté la vie à 18 personnes, les organisations de protection du consommateur montent au créneau. Elles interpellent les pouvoirs publics et appellent à des mesures concrètes et immédiates pour mettre fin à ce qu’elles qualifient de «terrorisme routier».
L’organisation de protection du consommateur Himayatec a tiré la sonnette d’alarme concernant l’état de dégradation avancée du parc national de transport, notamment celui des bus urbains et inter-wilayas. Selon un communiqué diffusé récemment, le nombre croissant d’accidents mortels impliquant ces véhicules révèle «l’absence de véhicules modernes répondant aux normes internationales de sécurité».
Un parc de transport vétuste et dangereux
Himayatec appelle non seulement à renouveler le parc automobile, mais aussi à ouvrir l’importation de véhicules en attendant que la production nationale soit en mesure de répondre à la demande. L’organisation insiste sur le fait qu’un simple label «neuf» ou une immatriculation récente ne garantit aucunement la sécurité des usagers. «Un bus allemand ou suédois de moins de 10 ans peut être plus sûr qu’un véhicule neuf de mauvaise qualité et dépourvu de dispositifs de sécurité élémentaires», souligne-t-elle. L’association appelle également à une meilleure formation des conducteurs, à limiter la vitesse, et à équiper les bus de systèmes GPS pour un meilleur suivi de la conduite.
Himayatec rappelle que «la protection des vies humaines commence par le renouvellement du parc national automobile et l’instauration de normes strictes, avant toute solution temporaire ou superficielle». Dans le même esprit, le président de Himayatec a plaidé pour la réouverture encadrée de l’importation de pneus, face à la pénurie actuelle qui met en péril la sécurité des usagers. «Nous sommes parmi les plus fervents défenseurs du produit local, mais la sécurité des citoyens doit passer avant toute autre considération ou calcul économique», a-t-il déclaré dans une intervention sur la chaine Echorouk. Il appelle à des facilitations douanières pour permettre l’importation de pneus à des prix abordables, en attendant que la production nationale suive.
«El Aman» propose un plan national
De son côté, l’Association nationale de protection du consommateur El Aman a dévoilé un plan national multidimensionnel pour faire face à la crise des accidents de la route. Ce plan, élaboré en réaction directe au drame d’El Harrach, repose sur plusieurs piliers, à savoir l’éducation routière dès l’école primaire, campagnes de sensibilisation à travers les médias, mosquées, stades, universités et réseaux sociaux, réforme des auto-écoles avec des programmes modernisés et des tests renforcés, renforcement des critères pour les permis de conduire, notamment pour les véhicules poids lourds. Parmi les mesures phares proposées : la création d’une autorité nationale indépendante de sécurité routière, l’établissement d’un observatoire national des accidents, un audit des routes, l’installation de radars et caméras aux points noirs, et la création d’aires de repos sécurisées pour les chauffeurs professionnels. L’association insiste également sur le renouvellement du parc automobile, le renforcement du contrôle technique, et l’encadrement du marché des pièces détachées. Elle prône une digitalisation accrue, avec des systèmes intelligents de gestion du trafic et une application nationale pour signaler les comportements dangereux.
Enfin, El Aman appelle à une révision du Code de la route avec un durcissement des sanctions pour les infractions graves, pouvant aller jusqu’au retrait définitif du permis. Ces prises de position convergentes traduisent une prise de conscience urgente de la gravité de la situation. Alors que les accidents de la route continuent de faire des ravages, les organisations de protection du consommateur réclament une réponse globale, durable et coordonnée des autorités. Leur message est clair : protéger la vie des citoyens ne peut plus attendre.
Islam K.
