C’est un séisme discret mais lourd de conséquences dans la politique étrangère américaine.
Par Rédaction de Crésus
L’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), bras civil de l’aide au développement depuis plus de soixante ans, est désormais en voie de fermeture. Une partie de ses programmes a déjà été transférée au Département d’État, et Russ Vought, proche de Donald Trump et ancien directeur du budget à la Maison-Blanche, a été désigné pour superviser ce démantèlement.
Une plaisanterie qui devient décision politique
À travers un message au ton léger, l’annonce a pris une dimension officielle. L’auteur raconte avoir «plaisanté» avec Donald Trump sur le réseau Trump à propos de ses multiples responsabilités. Trump lui aurait suggéré de «donner un poste à Russ Vought». Résultat : Russ prend la tête de l’opération de clôture de l’USAID, confirmant la volonté de l’administration trumpiste de mettre fin à une agence jugée inefficace et coûteuse.
USAID : six décennies d’influence américaine
Créée en 1961 sous John F. Kennedy, l’USAID fut conçue comme un instrument de soft power américain, finançant des projets de santé, d’éducation, d’agriculture ou encore de démocratie dans plus de 100 pays. Ses budgets atteignaient régulièrement plusieurs dizaines de milliards de dollars, faisant de Washington l’un des premiers bailleurs mondiaux d’aide publique au développement.
Pour ses défenseurs, l’USAID n’était pas seulement une œuvre humanitaire : elle servait directement les intérêts stratégiques américains, en consolidant des partenaires, en soutenant des transitions démocratiques et en contrant l’influence de puissances rivales comme la Chine ou la Russie.
Une agence «hors de contrôle» selon Trump
Côté trumpiste, le jugement est sans appel : l’agence aurait dérivé de sa mission initiale, multipliant les projets coûteux, peu mesurables en termes de résultats et souvent alignés sur une vision libérale-progressiste contestée par les républicains. Pour Donald Trump et ses alliés, réduire l’USAID équivaut à couper dans une bureaucratie internationale jugée inefficace, voire idéologique.
Russ Vought, qui incarne la rigueur budgétaire et la ligne nationaliste-populiste, a désormais pour mission de «fermer les comptes» et d’achever une transition qui pourrait économiser, selon ses promoteurs, «des dizaines de milliards de dollars» aux contribuables américains.
Un virage géopolitique majeur
La fermeture de l’USAID n’est pas qu’une réforme budgétaire. Elle traduit une évolution profonde de la doctrine américaine :
Réduction du soft power : Washington se prive d’un instrument majeur d’influence dans les pays en développement.
Diplomatie recentrée : les programmes restants passent sous contrôle direct du Département d’État, marquant une politisation accrue de l’aide internationale.
Vacuum international : ce désengagement ouvre un espace que d’autres puissances — Chine, Russie, Turquie, pays du Golfe — s’empresseront d’occuper, via leurs propres politiques d’aide ou d’investissements stratégiques.
Entre économie et perte d’influence
Si les contribuables américains voient dans cette mesure une économie immédiate, de nombreux experts alertent sur un risque de perte d’influence mondiale. Sans USAID, les États-Unis s’affaibliraient dans leur capacité à peser sur les transitions politiques, à soutenir leurs alliés du Sud et à maintenir une image de leadership global.
La fermeture de l’USAID, confiée à Russ Vought par Donald Trump, incarne bien plus qu’un simple ajustement budgétaire. C’est une rupture historique avec la tradition américaine d’aide au développement, au profit d’une diplomatie plus dure, plus centralisée et tournée vers les intérêts immédiats. Un pari risqué : économiser à court terme, mais au prix d’un recul de l’influence américaine sur le long terme.
R.C.
