Le rapport État du monde 2026 – Géopolitique du monde contemporain, publié par ExpatPress, propose une grille de lecture systémique des mutations contemporaines. Son idée directrice est limpide dans tout le texte, à savoir la puissance ne disparaît pas, elle se transforme et se complexifie.
Dès l’ouverture, le texte pose un principe structurant : «Le territoire représente le lieu sur lequel s’exerce la puissance d’un État-nation. Aussi est-il fondamentalement lié à l’existence de l’État». La mondialisation n’a donc pas dissous la géographie. Elle l’a re-densifiée.
Le rapport rappelle que «les multiples conquêtes territoriales ont émaillé les rapports entre États». Et il ajoute une phrase clé : «L’expansion territoriale demeure l’un des outils de la puissance.» Chine, Russie, Turquie… Les exemples contemporains illustrent cette permanence historique. Le territoire est terrestre, mais aussi aérien et maritime. Il devient même spatial.La souveraineté ne se dilue pas, elle s’étend aux nouveaux espaces.
Les déterminants de la puissance
Le document structure la puissance autour d’un triptyque :«La puissance permet à l’État d’assurer sa stabilité, sa sécurité et sa prospérité.»
Mais elle «doit sans cesse être renouvelée».
Hard power
La capacité militaire reste centrale : «imposer ses vues» demeure l’essence du hard power.
Smart power
La technologie et l’économie deviennent déterminantes. Le rapport note que les États-Unis «imposent leurs normes sur Internet».
Soft power
«La diffusion d’une culture» constitue un levier stratégique majeur. L’influence normative façonne l’ordre mondial autant que les armées.
Mutation de l’ordre international
Le rapport insiste sur le fait que «les puissances ne sont pas stables dans le temps, mais relatives et souvent ponctuelles».
L’unipolarité américaine issue de la guerre froide a été une parenthèse. La montée chinoise installe «une âpre compétition globale».
Le centre de gravité du monde se déplace. L’Occident ne détient plus tout seul les normes.
Renseignement, une guerre permanente et invisible
Le texte souligne que «les activités de renseignement ont toujours occupé une place importante dans la défense du territoire».
Aujourd’hui, la collecte d’informations s’appuie sur le cyber, les interceptions de câbles et l’intelligence artificielle.
Les États-Unis mobilisent 17 agences de renseignement. La Chine et la Russie ont modernisé leurs dispositifs.
Le renseignement devient la colonne vertébrale de la puissance contemporaine.
Démographie : le poids du nombre
Le rapport rappelle que «le 20ᵉ siècle a connu un accroissement de population sans commune mesure avec les périodes précédentes».
La planète atteindrait 10 milliards d’habitants vers 2050. Plus de la moitié de la croissance concernera l’Afrique.
La jeunesse peut être un dividende démographique… ou une fragilité.
Les diasporas deviennent de «véritables acteurs politiques et géopolitiques».
Frontières : la revanche de la souveraineté
Après la phase d’abolition symbolique des frontières, le rapport note que «les crises économiques récurrentes ravivent le besoin d’État et de frontières».
De 6 murs en 1989 à 63 en 2020, le monde se cloisonne.
La «frontière intelligente» biométrique traduit une souveraineté technologique.
Mers et océans : cœur énergétique et numérique
Les océans sont décrits comme «un espace riche en ressources».
Le rapport rappelle que «95% des communications mondiales dépendent du réseau de câbles sous-marins».
Et il souligne que 90% des richesses maritimes resteraient à découvrir.
Le détroit d’Ormuz est qualifié de «l’un des passages les plus stratégiques au monde».
La mer redevient théâtre de rivalités énergétiques, militaires et numériques.
Espace : militarisation accélérée
L’espace est défini comme un «enjeu de puissance». Les États-Unis y investissent plus de 50 milliards de dollars par an.
Le traité de 1967 parle de «patrimoine commun de l’humanité», mais la militarisation progresse.
Missiles antisatellites, constellations orbitales, Space Force… l’orbite devient stratégique.
Cyberespace : fragmentation
Dans ce rapport, le cyber est présenté comme un «maillon très important de la mondialisation des échanges».
Mais il est dominé par les États-Unis (40% des data centers).
La Chine construit une «grande muraille numérique».
L’Internet se territorialise.
Économie mondialisée : fragilité du modèle libéral
L’économie contemporaine est héritière de l’ordre d’après 1945.
Mais, crises, protectionnisme et tensions énergétiques marquent un tournant.
La mondialisation est en recomposition.
En résumé
Le rapport «L’État du monde 2026» montre que la puissance contemporaine est hybride: territoriale, technologique, démographique, maritime, spatiale et numérique.«La notion de puissance renvoie à la capacité à imposer sa volonté» demeure la phrase structurante.Le monde de 2026 n’est plus unipolaire. Il est conflictuel, fragmenté, stratégique.
Le cas de l’Algérie
À la lumière du rapport, plusieurs axes stratégiques émergent pour notre pays.
Dans un monde où «le territoire est fondamentalement lié à l’existence de l’État», l’Algérie dispose d’un atout majeur, une vaste superficie saharienne, façade méditerranéenne stratégique et position charnière entre Europe et Afrique.
Alors que les mers et les flux énergétiques sont centraux, l’Algérie conserve un rôle structurant dans l’approvisionnement gazier européen.
Dans un contexte où l’Afrique concentrera plus de la moitié de la croissance mondiale, la jeunesse algérienne constitue un potentiel de puissance, sous réserve d’intégration économique.
À l’heure de la «territorialisation du cyberespace», la maîtrise des infrastructures numériques devient stratégique.
Dans un monde où «les puissances ne sont pas stables dans le temps», l’Algérie peut valoriser une diplomatie d’équilibre entre pôles occidentaux et émergents.
S. Méhalla
