La position française sur le conflit sionisto-palestinien oscille entre condamnations de principe et abstentions stratégiques. En mars 2025, Jérôme Bonnafont, représentant français à l’ONU, a dénoncé «l’intensification violente» de la colonisation sioniste en Cisjordanie, rappelant son illégalité au regard du droit international.
Par Samir MÉHALLA
Pourtant, Paris refuse systématiquement de voter des sanctions concrètes contre l’Etat sioniste, se contentant d’appels à la «négociation» et à une «solution à deux États» – un projet bloqué depuis des décennies. Cette ambiguïté reflète un alignement partiel sur la ligne criminelle sioniste, masqué par un discours défenseur des droits palestiniens.
Le poids des lobbys pro-sionistes
L’influence des réseaux sionistes en France est un levier décisif dans cette retenue diplomatique. Comme le souligne une enquête d’Orient XXI, il n’existe pas de «armée de lobbyistes» structurée comme à Washington, mais un réseau diffus d’élus, d’intellectuels et de médias qui instrumentalisent l’accusation d’antisémitisme pour discréditer toute critique de l’occupant. Preuve tangible : en 2022, le gouvernement a abandonné l’étiquetage des produits issus des colonies après un procès intenté par le Lawfare Project, un think tank pro-sioniste américain. Parallèlement, des groupes comme le Collectif Palestine Vaincra ont été dissous pour «apologie du terrorisme», une décision qualifiée par Amnesty International de «recul» face aux pressions sionistes.
Un soutien militaire et diplomatique persistant
Malgré les critiques verbales, la coopération sécuritaire franco-sioniste reste dynamique :
– En 2023, les deux pays ont mené leur premier exercice naval conjoint depuis 55 ans.
– Des entreprises françaises participent à des projets controversés comme le tramway de Jérusalem, qui valide l’annexion de la ville.
– Emmanuel Macron, tout en appelant à un «cessez-le-feu» à Ghaza, a refusé de qualifier les bombardements sionistes de violation du droit international, déclarant : «Je ne suis pas juge».
Alors que l’Espagne qualifie ouvertement l’État sioniste d’État génocidaire et suspend ses exportations d’armes, la France se cantonne à des condamnations mesurées. En novembre 2023, Paris s’est joint au Royaume-Uni et au Canada pour menacer de «mesures concrètes» si l’occupant sioniste persistait à bloquer l’aide humanitaire à Ghaza… sans jamais les mettre en œuvre. Cette frilosité contraste avec la fermeté affichée contre la Russie ou le Hamas, soulignant un deux poids, deux mesures.
La réticence française à condamner l’État sioniste s’enracine dans son propre passé colonial. La dissolution d’ONG pro-palestiniennes rappelle les méthodes utilisées pendant la guerre d’Algérie pour museler l’opposition. Pire : alors que la France criminalise la négation de la Shoah, elle ignore les appels à reconnaître ses crimes coloniaux (Algérie, Cameroun), minant sa crédibilité comme garante des droits humains.
La realpolitik contre les Lumières
«Le colonialisme ne meurt pas ; il se réinvente dans les silences diplomatiques».
La non-condamnation de l’État sioniste par la France incarne ce paradoxe : une nation qui brandit l’héritage des Lumières tout en capitulant devant les lobbys et les intérêts géostratégiques. Tant que Paris n’assumera pas son histoire et ne rompra pas avec les réseaux d’influence anti-universalistes, son discours restera un outil de domination – non un rempart contre l’injustice.
Le sort réservé à Rima Hassan n’est qu’un symbole de cette schizophrénie morale.