L’Algérie accélère sa transition vers un mix énergétique plus durable. Le pays a enregistré un record d’importations de panneaux solaires en provenance de Chine durant le premier semestre 2025, atteignant une capacité totale de 850 mégawatts (MW).
Ce chiffre impressionne d’autant plus qu’il contraste fortement avec les 10 MW importés sur la même période en 2024. Cette progression importante illustre l’accélération de la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement des énergies renouvelables, alors que la majorité de l’électricité est toujours produite à partir du gaz naturel. Les statistiques mensuelles, fournies par «Attaqa», spécialisé dans les questions énergétiques, montrent les volumes importés durant la première partie de 2025. Janvier s’est démarqué comme le mois le plus dynamique avec 390 MW importés. En revanche, le mois de juin a connu une baisse marquée, avec seulement 90 MW – le troisième plus faible volume sur le semestre, après février (10 MW) et mars (60 MW). Le ralentissement observé en fin de semestre n’infléchit toutefois pas la tendance globale à la hausse. À elle seule, la capacité importée sur le premier trimestre (460 MW) surpasse celle du deuxième (390 MW), indiquant un démarrage très fort de l’année. Pour rappel, l’Algérie a importé un total de 840 MW de panneaux solaires chinois entre 2023 et le premier trimestre 2025. Ces importations massives répondent à une stratégie nationale de long terme : d’ici 2035, l’Algérie ambitionne d’ajouter 15 000 MW de capacité solaire installée. Ce cap s’inscrit dans le cadre du programme TaqatHy+, lancé à la mi-avril 2025 par le ministère de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables. Cofinancé par l’Union européenne et l’Allemagne pour un montant de 28 millions d’euros (31,9 millions de dollars), ce projet s’étendra jusqu’en 2029. Parallèlement, la Sonelgaz supervise un vaste programme de construction de centrales solaires. En 2024, l’entreprise publique a lancé deux appels d’offres : l’un pour 15 centrales totalisant 2 GW, l’autre pour 5 centrales de 1 GW. Plusieurs projets ont déjà été entamés : Mars 2024 : pose de la première pierre d’une centrale de 200 MW. Avril 2024 : lancement d’une centrale de 150 MW. Mi-2024 : début de construction d’une centrale de 220 MW. Premier semestre 2025 : démarrage d’une centrale de 80 MW sur 160 hectares, prévue en deux phases, avec livraison attendue fin 2025.
Une stratégie à forte valeur géopolitique
L’ampleur de la dynamique engagée par l’Algérie dans le domaine des énergies renouvelables ne se limite pas à des chiffres d’importation. Elle s’inscrit dans une vision stratégique de long terme, que certains experts n’hésitent pas à qualifier de transformation structurelle du paysage énergétique national. Des experts se sont accordés à reconnaître l’engagement du pays : «Ce que nous pouvons affirmer avec certitude comme indicateur de la capacité de l’Algérie, c’est sa volonté manifeste de multiplier ses capacités nationales en énergies renouvelables au cours des dix prochaines années.» Un expert qui a préféré garder l’anonymat, explique à Crésus qu’il ne s’agit pas uniquement d’un projet énergétique, mais bien «d’un programme structurant à plusieurs niveaux». «Ce développement possède les conditions nécessaires à une mise en œuvre réussie, durable et bénéfique», dit-il et d’ajouter : «Structurant aussi parce qu’il génère des emplois, produit une forte valeur ajoutée, renforce l’attractivité des territoires, améliore le positionnement de l’Algérie sur les plans économique, énergétique et environnemental à l’échelle internationale». Cette montée en puissance confère également à l’Algérie un avantage stratégique, selon lui, dans un monde en pleine recomposition énergétique. L’expert affirme que ce virage permettra au pays de renforcer sa sécurité nationale dans toutes ses dimensions, tout en se positionnant comme un acteur clé dans les enjeux géoéconomiques et géopolitiques à venir. En parallèle de son virage renouvelable, l’Algérie ne tourne pas le dos à son rôle historique de fournisseur de gaz naturel. Au contraire, le pays prévoit de porter sa production à 200 milliards de mètres cubes par an dans les prochaines années. Cette augmentation vise à sécuriser les approvisionnements internes tout en consolidant les exportations, notamment vers l’Europe. «L’Algérie entend également consolider ses capacités afin de renforcer sa position parmi les grandes nations exportatrices de gaz naturel», a conclu l’expert.
En combinant une expansion massive des énergies renouvelables à un renforcement de sa puissance gazière, l’Algérie construit les fondations d’une double souveraineté énergétique : celle de la durabilité environnementale et de la puissance géoéconomique.
Islam K.
