Initialement, c’était en juin 2012 que les véhicules de transport en commun vétustes devaient «définitivement être mis hors service». Une décision du ministère des Transports avait été adressée, en ce sens, à l’ensemble des walis du pays, «dans le cadre de la détermination des autorités à mieux organiser le métier des transports et à améliorer le service public».
Cependant, la réalité est toute autre. Treize ans après, ce ne fut pas le cas. Les vieux «tacots» roulent toujours. Le constat est sans appel à travers les gares et stations urbaines implantées au niveau national. Tous les ministres qui se sont succédé au département des Transports avaient annoncé en finir avec ce genre de véhicules qui représentent un danger pour les voyageurs. A Tafourah, l’une des plus grandes stations urbaines d’Alger, des files interminables de bus immatriculés dans les années quatre-vingt, attendent «leur tour» pour un énième «voyage» parfois, vers l’inconnu. A la station du 2 Mai, des vieux bus dont l’âge dépasse de loin la vingtaine d’années sont les plus visibles sur les quais. En l’absence flagrante d’organismes de contrôle du ministère des Transports, il est judicieux de se poser la question de qui est concrètement derrière cette situation qui n’a pas lieu d’être. Et le drame survenu vendredi soir, lorsqu’un bus de transport de voyageurs chutait dans l’Oued El Harrach, faisant 18 morts parmi les occupants, est venu nous rappeler que la mort peut faucher à n’importe quel moment et n’importe où. Il est vrai que seule l’enquête pourrait déterminer les réelles circonstances du drame. Seulement, selon les quelques témoignages recueillis auprès des passagers ayant eu la vie sauve après l’accident, le bus assurant la liaison Tafourah/ Reghaïa et en service depuis 2004, transportait une quarantaine de passagers lorsque l’accident s’est produit. Des témoins présents sur place au moment de l’accident, assuraient également, que le bus a dérapé avant de basculer du haut du pont et de se noyer dans l’oued après que son chauffeur ait tenté une manœuvre dangereuse de dépassement sur la droite.
Des morts et des morts
La vétusté des bus de transports de voyageurs (notamment des opérateurs privés) n’est pas un cas spécifique à la capitale, mais, un «problème national». Alger n’en est qu’un simple exemple sachant que les accidents de la route impliquant justement les bus de transport de voyageurs sont souvent mortels.
L’on se rappelle d’ailleurs du drame survenu le 23 juillet dernier, lorsque six personnes ont trouvé la mort et 46 autres ont été blessées dans un grave accident de la circulation survenu à El Bayadh. Quelques jours après, quarante-neuf personnes ont été blessées suite au renversement d’un bus, survenu dans la commune de Gdyel (Oran).
Le 19 juillet 2023, un accident de la circulation, survenu au niveau du village Outoul sur la route nationale (RN 01) suite à une collision entre un véhicule utilitaire et un bus de transport des voyageurs desservant la ligne Adrar-Tamanrasset, suivi par un incendie, a fait 34 morts. Face à la multiplication de ces accidents mortels, le Gouvernement avait promis de durcir le Code de la route et d’introduire des mesures pour encadrer sévèrement la conduite des bus, surtout ceux qui assurent les grandes lignes et qui roulent de nuit. En vain. La semaine écoulée, la Protection civile avait fait état de 50 morts et 2 180 blessées dans 1 637 accidents de la circulation survenus à travers le pays. C’est dire qu’il est vraiment temps d’agir….
Yacine Ouffella
