Initialement prévue la semaine dernière avant d’être reportée, la Tripartite devrait examiner plusieurs dossiers stratégiques.
À l’occasion du 70e anniversaire de la création de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), son secrétaire général, Amar Takdjout, est revenu, hier, sur le parcours historique de la Centrale syndicale, son rôle dans la défense des droits des travailleurs et les réformes engagées ces dernières années pour moderniser son fonctionnement.
Invité du Forum du quotidien El Moudjahid, le premier responsable de l’organisation a annoncé la tenue prochaine d’une réunion tripartite rassemblant des membres du gouvernement, l’UGTA et le patronat. Une rencontre d’importance, d’autant plus qu’elle ne s’est pas tenue depuis une décennie.
Refonder le dialogue social
Selon Amar Takdjout, cette réunion, initialement prévue la semaine dernière avant d’être reportée, devrait examiner plusieurs dossiers stratégiques : le renforcement du dialogue social, l’élaboration d’une approche globale en matière d’emploi et de développement économique, ainsi que les questions liées aux droits et devoirs des travailleurs.
La première séance, a-t-il précisé, sera consacrée à l’élaboration d’un agenda de travail. Il s’agira notamment de déterminer la nature des rencontres à venir : réunions permanentes et périodiques ou rencontres conjoncturelles, organisées selon les besoins et les dossiers à traiter.
Le secrétaire général entend également mettre sur la table la question de l’application des décisions de justice rendues en faveur des travailleurs. Il a indiqué qu’il appellera les employeurs, aussi bien du secteur public que privé, à se conformer aux jugements prononcés.
«Un dossier qui me met mal à l’aise»
Amar Takdjout n’a en outre pas caché sa profonde préoccupation face à la non-application de ces décisions judiciaires dans différents secteurs, dont il estime le nombre à plusieurs dizaines dans différents secteurs. «C’est un dossier qui me met mal à l’aise et pèse lourdement sur mes épaules», a-t-il avoué allant jusqu’à affirmer que cette situation pourrait constituer l’une des raisons de son départ à la tête de la Centrale.
Il a ajouté qu’en tant que premier représentant des travailleurs au sein de l’UGTA, il se sent désormais «impuissant» à faire valoir leurs droits. «Ce n’est pas moi qui applique les décisions de justice. Mon rôle à l’Union est de transmettre les problèmes et préoccupations des travailleurs aux décideurs et responsables… mais cela me dépasse, et c’est ce qui me consterne», a-t-il conclu.
Le constat d’un recul du militantisme
Au-delà des dossiers conjoncturels, le secrétaire général a dressé un constat plus préoccupant : celui du recul du militantisme syndical. Selon lui, l’engagement qui caractérisait les premières générations de syndicalistes s’est estompé.
«Le militant syndicaliste, malheureusement, on ne le retrouve plus aujourd’hui», a-t-il regretté. Il a rappelé qu’autrefois, l’appartenance au syndicat signifiait un engagement personnel fort : donner de son temps, parfois de ses propres moyens, pour défendre les intérêts du monde du travail.
À ses yeux, le syndicat tend aujourd’hui à être perçu sous l’angle des intérêts immédiats, au détriment des fondamentaux d’une organisation militante, disciplinée et attachée à ses valeurs. «On ne devient pas syndicaliste par hasard. C’est un choix, une appartenance, comme celle à une famille», a-t-il souligné, estimant que la culture syndicale s’est érodée au fil du temps. Amar Takdjout reconnaît également une part de responsabilité des dirigeants dans cette situation, pour n’avoir pas suffisamment cultivé et transmis l’esprit militant. «Le syndicat perd son âme lorsqu’on commence à entrer dans les intérêts», a-t-il averti.
Auparavant, il a évoqué le besoin de «redéfinir le militantisme syndical à la lumière des enjeux contemporains», soulignant l’importance d’une union syndicale plus forte, solidement ancrée dans les réalités du travail et de l’économie algérienne.
Préserver l’image de la Centrale et renforcer les acquis
Pour rappel, le secrétaire général a insisté auparavant sur la nécessité de respecter les règles organisationnelles et de préserver « l’image honorable » de l’UGTA. Il a appelé à redoubler d’efforts pour inculquer les valeurs syndicales et renforcer le sentiment d’appartenance au sein des structures.
Malgré les difficultés, Amar Takdjout a réaffirmé la détermination de la centrale à poursuivre son action en faveur des travailleurs. Il a insisté sur l’importance de continuer à améliorer leurs conditions sociales, en coordination avec l’ensemble des partenaires économiques et institutionnels.
I. Khermane
