Rejets en cascade, recours judiciaires et pénurie de candidats : à quelques jours de la clôture des remplacements, les exclusions fragilisent les listes et relancent le débat sur l’application de la loi électorale.
La course aux élections locales du 28 novembre s’intensifie sur fond de tensions entre l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie) et plusieurs formations politiques. Depuis la notification des décisions de rejet, les partis multiplient les démarches pour contester les exclusions et trouver des remplaçants dans les délais impartis, ce qui met à rude épreuve leurs structures locales.
De nombreuses candidatures ont été écartées dans plusieurs wilayas. À Alger, les rejets concernent notamment le Front de libération nationale (FLN), le Rassemblement national démocratique (RND), le Mouvement de la société pour la paix (MSP), Sawt Echaâb et des listes indépendantes. Dans certaines communes, plusieurs candidats d’une même liste ont été touchés. Cette vague rappelle les dernières législatives, marquées par le rejet de plus de 3 000 candidatures, et replace au cœur du débat l’équilibre entre respect des conditions d’éligibilité et droit de participation.
L’article 184 cristallise les tensions
Au centre de la polémique figure l’article 184 de la loi organique relative au régime électoral. Il fixe des conditions d’éligibilité (âge, service national, situation fiscale, condamnations judiciaires) et prévoit l’exclusion des candidats connus pour leurs liens avec des milieux d’affaires suspects ou susceptibles d’influencer le libre choix des électeurs.
Cette dernière disposition suscite les critiques les plus vives. Plusieurs partis jugent ses termes imprécis et susceptibles d’interprétations extensives. Ils réclament des décisions clairement motivées afin que les candidats comprennent les motifs de leur exclusion et exercent efficacement leurs recours.
L’Anie défend ses décisions et affirme agir conformément à la loi, dans le cadre de la moralisation de la vie politique. Elle rappelle d’autres motifs de rejet : dossiers incomplets, absence d’inscription sur les listes électorales de la circonscription, âge minimum non respecté, irrégularités liées au service national et absence de justificatifs fiscaux. Pour les partis contestataires, la lutte contre l’argent suspect est légitime, mais elle doit s’accompagner de garanties juridiques.
L’opposition réclame davantage de transparence
Le Front des forces socialistes (FFS) dénonce des exclusions qu’il juge arbitraires et contraires à la Constitution, notamment le rejet de responsables et de têtes de liste. Il entend saisir les juridictions compétentes. Jil Jadid appelle à une application équitable et uniforme de la loi et met en garde contre les exclusions fondées sur de simples soupçons ou des divergences politiques. Le MSP, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et Sawt Echaâb demandent eux aussi des éclaircissements.
Les candidats écartés disposent de recours devant les juridictions administratives, mais le calendrier impose aux partis de mener de front les procédures judiciaires et la préparation des remplacements.
Une crise de recrutement qui s’aggrave
Aucun parti n’a réussi à couvrir les 1 541 communes et les 69 wilayas. Le FLN participe dans environ 1 300 communes, le RND dans près de 1 200, le Front El Moustakbal dans quelque 1 000 et le Mouvement El Bina dans environ 700. Dans l’opposition, le MSP est présent dans près de 500 communes, le FFS dans 157 réparties sur 8 wilayas, et le Parti des travailleurs dans une quinzaine.
Ces chiffres traduisent un essoufflement du recrutement politique. Sawt Echaâb évoque la difficulté à convaincre les militants, notamment les universitaires et les moins de 40 ans, de briguer des mandats locaux. Le MSP pointe le manque de perspectives et la démobilisation. L’abstention n’est plus le seul défi : la réticence à se porter candidat complique le renouvellement des équipes et rend délicate la recherche de remplaçants remplissant toutes les exigences légales.
Le compte à rebours est engagé
Selon le bilan provisoire de l’Anie, plus de 87 000 candidats de 40 ans ou moins se présentent, soit 54% des quelque 141 000 candidatures. Les candidates dépassent 19 000 et 78 959 candidats sont titulaires d’un diplôme universitaire. L’Autorité fait aussi état du rejet de 9 listes complètes : 3 communales sur 5 631 et six de wilaya sur 434, en raison d’irrégularités sur les formulaires de signature et de dossiers incomplets non régularisés.
L’échéance du 28 octobre pour les remplacements est décisive. La campagne débutera le 5 novembre, avant le scrutin du 28 novembre. D’ici là, les partis devront sauver leurs listes tout en poursuivant leurs contestations. Au-delà de la bataille juridique, l’enjeu est la confiance dans le processus : la crédibilité du scrutin dépendra autant du respect de la loi que de la transparence de son application, de l’égalité de traitement des candidats et de la préservation du pluralisme politique.
Assia M.
