Il ne faut plus demander aux citoyens de croire les journalistes. Cette époque-là est terminée. Et peut-être est-ce heureux.
Pendant longtemps, le prestige du support suffisait presque à authentifier la nouvelle. C’était écrit dans le journal. C’était passé à la télévision. C’était annoncé à la radio.
Aujourd’hui, le téléphone a dynamité cette hiérarchie.
Le journaliste partage le même écran avec le ministre, l’influenceur, le militant, l’anonyme, le propagandiste, le plaisantin et désormais la machine.
Tout le monde publie.
Tout le monde commente.
Tout le monde possède sa vérité.
Alors il faut revenir à quelque chose de plus modeste et de beaucoup plus solide.
La preuve.
D’où vient ce chiffre ?
Qui affirme cela ?
Où est le document ?
L’image est-elle authentique ?
La personne mise en cause a-t-elle été interrogée ?
Existe-t-il une seconde source ?
Que savons-nous ?
Que supposons-nous ?
Et que ne savons-nous pas encore ?
Voilà peut-être le journalisme après le grand vacarme numérique.
Non plus celui qui arrive en proclamant : «Croyez-moi, je suis journaliste.»
Mais celui qui dit :
«Voici pourquoi je l’écris. Voilà comment je le sais.»
La Constitution algérienne donne à la presse des libertés. Elle donne surtout au citoyen un droit, celui d’accéder à l’information.
Ces deux libertés ne sont pas concurrentes.
Elles sont les deux extrémités de la même chaîne.
Le citoyen a le droit de savoir.
Le journaliste a le devoir de le chercher.
L’administration a la responsabilité de répondre dans les limites fixées par la loi.
Et le média a l’obligation de vérifier avant de publier.
Si chacun tient sa place, la liberté de la presse cesse d’être une querelle corporatiste.
Elle devient ce qu’elle aurait toujours dû être, une infrastructure de confiance entre l’État et la société.
Alors, en ce 28 septembre, Crésus ne demandera pas qu’on lui fasse confiance.
Nous prendrons un engagement plus difficile.
Ne nous croyez jamais sur parole.
Demandez-nous nos preuves.
Voilà le contrat.
S.M
