Au Sahara occidental, la diplomatie des puissances voudrait transformer le fait accompli en droit acquis. L’Algérie rappelle une vérité que les calculs géopolitiques ne sauraient abolir.
Il est des époques où la diplomatie ressemble à une noble entreprise de paix. Et d’autres où elle devient l’art consommé de maquiller les renoncements en victoires de la raison. Le Sahara occidental semble aujourd’hui promis à cette seconde comédie. On y convoque la paix pour congédier la justice, le réalisme pour écarter le droit, l’autonomie pour dispenser un peuple de choisir son destin. Le tout sous les dorures d’une légalité internationale que l’on invoque volontiers lorsqu’elle obéit et que l’on révise lorsqu’elle dérange.
À l’approche du 31 octobre, Washington s’active, Rabat jubile et les chancelleries ajustent leurs convictions à la température des intérêts. La résolution 2797 a fait du plan marocain d’autonomie la base privilégiée des négociations. Certains voudraient déjà y voir l’acte de décès de l’autodétermination.
Fâcheuse précipitation.
Une résolution n’est pas un titre de propriété et le Conseil de sécurité n’est pas un bureau d’enregistrement des conquêtes diplomatiques.
C’est ici que la position algérienne prend toute sa signification.
En exigeant une paix qui mette fin au conflit, rende justice aux Sahraouis, préserve la crédibilité des Nations unies et garantisse la stabilité régionale, Alger refuse cette étrange conception du règlement où l’on commence par décider du vainqueur avant d’inviter les autres à négocier leur défaite.
On voudrait aussi réduire la tragédie sahraouie à une affaire de réfugiés. Admirable trouvaille bureaucratique. Un peuple réclame son droit à disposer de lui-même et l’on songe à lui distribuer des solutions humanitaires. Comme si l’exil était la cause du conflit et non sa conséquence. Comme si une couverture, une ration alimentaire et quelques promesses de retour pouvaient tenir lieu de souveraineté populaire.
Il faudrait pourtant se souvenir qu’en 1975, la Cour internationale de Justice n’a pas reconnu de souveraineté territoriale susceptible d’écarter l’autodétermination. Depuis, les alliances ont changé, les puissances ont marchandé leurs préférences et les diplomates ont perfectionné leur vocabulaire. Mais aucun communiqué, fût-il rédigé à Washington, ne possède le pouvoir miraculeux d’abolir cette question juridique.
L’Algérie a donc raison de rappeler que la paix ne saurait être la simple homologation du rapport de force. Ce n’est pas refuser le compromis que d’exiger sa légitimité. C’est refuser qu’il devienne le nom élégant de la capitulation imposée.
Le Maghreb mérite mieux qu’une paix de façade, ses peuples mieux qu’une rivalité perpétuelle et les Sahraouis mieux qu’un destin négocié sans leur consentement.
Si les Nations unies finissent par confondre la force du droit avec le droit du plus fort, elles ne régleront pas seulement mal le Sahara occidental. Elles auront enseigné au monde une leçon autrement funeste.
Il suffirait désormais d’occuper assez longtemps, de convaincre assez de capitales et d’attendre assez de décennies pour que l’injustice, vieillie en fût diplomatique, soit enfin servie sous l’étiquette de la paix.
Et l’on voudrait appeler cela le progrès de la civilisation.
S. Méhalla
