Il est des réussites qui font mal. Très mal même. L’aveuglement délibéré de certains, conjugué à leur jalousie enfantine et maladive, les rende encore plus risibles. À force de répétition, certains discours finissent par vouloir s’imposer comme des vérités.
C’est le cas de cette rhétorique marocaine qui s’acharne à présenter l’Algérie comme un pays isolé sur la scène internationale.
Une lecture pour le moins contestable, tant elle se heurte aujourd’hui à la réalité des faits. Depuis plusieurs années, le Makhzen multiplie les sorties hostiles à l’égard d’Alger, relayées par une presse largement acquise aux positions officielles. L’objectif est clair : installer dans l’opinion l’idée d’un isolement diplomatique de l’Algérie et d’un affaiblissement de son influence.
Mais cette construction narrative apparaît de plus en plus déconnectée du contexte régional et international. Car dans les faits, l’Algérie s’impose progressivement comme un acteur incontournable. Forte de son expérience dans la lutte contre le terrorisme, elle a su capitaliser sur sa stabilité retrouvée pour revenir au premier plan.
Les récentes visites de hauts responsables étrangers à Alger, à l’image de la présidente du Conseil des ministres italien Giorgia Meloni, du chef de la diplomatie espagnol, José Manuel Albares, ou encore d’autres responsables européens, témoignent d’un intérêt renouvelé pour le rôle que peut jouer le pays dans les équilibres régionaux, notamment en Méditerranée et en Afrique.
Ce regain d’attention ne doit rien au hasard. Il est aussi le fruit d’une diplomatie qui, loin des effets d’annonce, s’inscrit dans la constance. Lors de son mandat au Conseil de sécurité des Nations unies, l’Algérie a démontré sa capacité à porter des positions claires sur des dossiers sensibles, en restant fidèle à ses principes de non-ingérence et de soutien aux causes justes. Une ligne qui, qu’on y adhère ou non, lui confère une lisibilité et une crédibilité indéniables.
Face à cela, les attaques répétées du Maroc, qui a d’abord utilisé la carte de la drogue, interrogent. Relèvent-elles d’une rivalité stratégique assumée ou d’une volonté de détourner l’attention de difficultés internes persistantes ? Chômage, cherté de la vie, tensions sociales : autant de défis qui pèsent sur le quotidien des Marocains et qui contrastent avec l’image de stabilité projetée à l’extérieur. L’argument de «l’isolement» de l’Algérie apparaît ainsi comme un levier de communication davantage que comme une réalité tangible.
D’autant que les relations internationales ne se mesurent pas à l’aune des déclarations médiatiques, mais bien à celle des partenariats concrets, des visites de haut niveau et de l’influence dans les instances multilatérales. Dans ce contexte, Alger semble avoir fait le choix d’une diplomatie patiente, fondée sur la confiance et le respect mutuel. Une approche qui tranche avec les logiques d’alignement ou de compromis à court terme. Et si la compétition régionale est une donnée constante, elle ne saurait masquer l’essentiel : aujourd’hui, l’Algérie n’est pas en retrait, elle est de retour. Et sa voix, qu’on le veuille ou non, compte de plus en plus.
Au Makhzen qui se complait dans son «image d’Epinal» pour idéaliser sa diplomatie faite de compromis et de reddition, on dira tout simplement : les chiens aboient, la caravane passe.
Saïd Mekla
