Entre renforcement des partenariats et négociations de nouveaux projets, l’Algérie s’impose comme un acteur incontournable de la sécurité énergétique européenne.
Le mois de mars a été concluant à tous points de vue pour l’Algérie, qui consolide ses partenariats stratégiques dans le secteur de l’énergie avec l’Italie et l’Espagne, deux pays du sud de l’Europe.
La guerre au Proche-Orient, combinée à la fermeture du détroit d’Ormuz, a propulsé l’Algérie sur le devant de la scène mondiale, en particulier pour la fourniture de gaz à certains pays européens et, aujourd’hui, à des pays asiatiques qui souhaitent conclure des contrats à long terme avec le pays. L’Algérie se retrouve ainsi dans une position singulière, indispensable et particulièrement courtisée.
Les récentes visites en Algérie de la Première ministre italienne, GiorgiaMeloni, et du ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, ont été centrées principalement sur ce point, même si d’autres secteurs ont également été évoqués. Les deux pays ont annoncé leur intention de «renforcer leur partenariat stratégique» en matière d’énergie. En plus de l’augmentation des livraisons vers l’Espagne, le dialogue renoué ouvre «la possibilité d’une coopération accrue, y compris au niveau des infrastructures et des analyses», qui pourrait déboucher sur de «nouveaux investissements», selon José Manuel Albares.
De fait, le PDG de Sonatrach avait déjà amorcé un rapprochement quelques jours plus tôt, en se rendant de façon exceptionnelle à une réunion d’actionnaires de la compagnie gazière espagnole Naturgy, dont Sonatrach possède 4,1%. Avec l’Espagne, des négociations sont en cours pour augmenter le flux via le gazoduc Medgaz, de 28 à 32 millions de m³ par jour, soit une hausse de 12,5 %. Selon le journal The Objective, Madrid privilégie la stabilité et le coût compétitif du gaz transporté par pipeline, face à la volatilité du GNL.
Projets futurs et diplomatie énergétique
Sur l’année écoulée (mars 2025–février 2026), l’Algérie a fourni 107 114 GWh à l’Espagne, soit 34,1 % de ses importations totales, devançant les États-Unis et la Russie. Rome a officiellement sollicité des volumes supplémentaires après que le gaz qatari, qui représentait un tiers de ses importations, ait été réduit.
La visite espagnole à Alger faisait suite à celle, quelques jours plus tôt, de la Première ministre italienne GiorgiaMeloni, venue elle aussi consolider la coopération avec l’Algérie, en envisageant de nouveaux projets autour du gaz de schiste et de l’exploration offshore. Meloni a réitéré l’importance du gazoduc Transmed (via la Tunisie) comme source d’approvisionnement stable et sécurisée. L’Algérie fournit environ 36 à 40% du gaz consommé en Italie, renforçant sa position de fournisseur fiable.
Depuis le début du conflit, le 28 février, les exportations de GNL ont augmenté de 29% dès la première semaine, selon un rapport de la plateforme basée à Washington EnergyResearch Unit. Elles ont atteint 462 000 tonnes au cours des deux premières semaines de mars, contre environ 265 000 tonnes au cours des deux premières semaines de février.
Ces exportations ont été acheminées vers l’Espagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la France. Ainsi, «en répondant aux besoins d’urgence des marchés européens, l’Algérie cherche à s’imposer comme l’un des partenaires énergétiques essentiels de l’Europe en matière de gaz».
Volume et flux des exportations
Suite à la guerre en Ukraine en 2022 et aux restrictions imposées sur le gaz russe, Alger était déjà devenu un fournisseur majeur de gaz naturel pour l’Europe. Le rapport mensuel du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), publié fin février, observait une augmentation en janvier des exportations de gaz algérien vers l’Union européenne via gazoduc, avec une hausse de 22%.
Ce chiffre place l’Algérie derrière la Norvège (58% des flux), mais devant la Russie, l’Azerbaïdjan et la Libye, souligne le journal économique français La Tribune, mettant en avant la concurrence que représente le GNL transporté par voie maritime pour l’Algérie.
Depuis la guerre del’Ukraine, l’Algérie a renforcé son rapprochement avec l’UE, notamment avec l’Italie, en augmentant ses exportations de GNL. Cette année, elle renégocie ses tarifs avec l’Europe, tirant parti de la demande pour consolider sa position de maître du jeu gazier.
En renouant avec le Niger, elle stabilise son voisinage immédiat et relance un projet longtemps resté théorique : le gazoduc transsaharien (TSGP), qui relierait le Nigeria et le Niger au réseau algérien. Ce projet pourrait offrir à l’Europe une nouvelle voie d’approvisionnement en gaz.
Sa remise à l’agenda témoigne d’une convergence d’intérêts : le Niger cherche des débouchés économiques et une reconnaissance diplomatique, tandis que l’Algérie voit dans ce projet un moyen de renforcer son rôle de hub énergétique africain et méditerranéen.
H. Adryen
