La réunion organisée mardi par l’Office National de Lutte Contre la Drogue et la Toxicomanie (ONLCDT) a été l’occasion pour le SNAPO (Syndicat National des Pharmaciens d’Officine) de réclamer la mise en œuvre de «l’ordonnance numérique» pour les prescriptions de médicaments psychotropes. Une mesure à même de «combler les failles» dans la procédure visant au contrôle des ventes de ce type de produit pharmaceutique. Cette «évolution» du système est même «déjà permise» dans le cadre de la loi 04-18, mais bute toujours sur «l’absence de textes d’application», nous explique le président du SNAPO, le docteur Sami Tirache.
Contacté hier, au lendemain de sa réunion avec Tarek Kour, directeur général de l’ONLCDT, le président du SNAPO nous précise que la création du «répertoire national numérique des prescriptions» est devenue nécessaire. Cette évolution du système, sous la forme d’une «plateforme numérique pour les ordonnances de prescription de médicaments psychotropes» permettra de répondre à «une large part des problèmes» rencontrés par les pharmaciens lors de la vente de ces médicaments à risque, susceptibles d’être détournés de leur usage médical. Concrètement notre interlocuteur explique qu’«il s’agirait de donner la possibilité au médecin traitant d’enregistrer chaque ordonnance sur une plateforme sécurisée». Et la copie papier de ce document devra «comporter un code QR. Cela permettra aux pharmaciens de scanner le code afin de confirmer l’authenticité de la prescription». De cette manière toute possibilité de fraude serait «impossible».
Ainsi, bien que la vente des médicaments classés psychotropes exige aujourd’hui la présentation de la carte d’identité en plus de l’ordonnance de prescription, le pharmacien peut toujours être confronté à des «ordonnances falsifiées, volées, scannées et réimprimées…». Plus compliqué encore, la loi interdit de refuser la vente «si l’ordonnance remplit les critères» même si le «client» est un trafiquant connu dans le quartier. Dans ces conditions, ajoute Sami Tirache, le pharmacien peut être vu comme un complice. «En cas d’enquête, le pharmacien est interrogé. Or, nous ne pouvons jamais savoir à 100% si l’ordonnance est volée, scannée ou même si le cachet du médecin est falsifié…».
Face à cette situation, la réunion avec l’ONLCDT est porteuse d’espoir, note notre interlocuteur. «Le DG de l’Office nous a dit qu’il fera transmettre notre demande à la tutelle, le ministère de la Justice. Les choses devraient aller dans le bon sens». Le principal obstacle à la mise en place de «l’ordonnance numérique» reste en effet «l’absence de texte d’application de la «loi 04-18». Sur un autre plan, la réunion de mardi à également abouti à la création d’une «commission mixte» ayant pour objectif «de travailler à la prévention, la préparation d’événements pour aider les programmes contre la toxicomanie».
Poursuivre la lutte contre les agressions
Par ailleurs, le premier responsable du SNAPO nous a précisé que l’ensemble des pharmaciens du pays sont pleinement conscients «et vigilants» face aux «patients suspects», dont l’intention est de détourner l’usage du médicament ou carrément de le revendre comme une drogue. Mais cette vigilance fait aussi peser un risque d’agression aux professionnels du secteur. «C’est l’un des problèmes de notre travail au quotidien, il y a beaucoup d’agressions. Le cas le plus célèbre est certainement celui de Bab-Ezzouar (juillet 2024). Aux agressions physiques, s’ajoutent les agressions verbales et les intimidations». «Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le risque ne vient pas forcément de toxicomanes, explique notre interlocuteur.» «Oui, ils peuvent être agressifs en cas de manque, mais ils ne sont pas le principal problème. Pour nous, il s’agit avant tout des personnes malades qui doivent être traitées. Le risque pour les pharmaciens est surtout les dealers», conclut-il en guise d’alerte.
Nadir K.
