Alors que les incertitudes économiques et géopolitiques s’accumulent, la demande mondiale de pétrole continue de progresser, portée par les pays émergents et les secteurs industriels. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) et l’OPEP confirment cette tendance dans leurs derniers rapports publiés en juin.
Dans son dernier rapport publié mardi, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipe un pic de la demande mondiale de pétrole d’ici la fin de la décennie, confirmant les projections émises en 2023. Ce point culminant marquerait une nouvelle ère pour un marché en profonde mutation, sur fond de tensions géopolitiques et de transition énergétique accélérée.
Selon les prévisions de l’AIE, la demande de pétrole continuera d’augmenter à court terme, pour atteindre environ 105,5 millions de barils par jour (mb/j) en 2029, avant de commencer une légère baisse dès 2030. La croissance annuelle devrait ainsi fortement ralentir, passant de 700 000 barils/jour en 2025-2026 à une quasi-stagnation les années suivantes.
Parmi les facteurs évoqués : une économie mondiale fragilisée par des tensions commerciales persistantes, des déséquilibres budgétaires croissants, et surtout l’essor des technologies de substitution au pétrole, notamment dans le transport. Les véhicules électriques et les énergies renouvelables contribuent à affaiblir l’emprise de l’«or noir» sur l’économie mondiale.
En 2026, l’AIE prévoit une légère accélération avec une croissance de la demande atteignant 740.000 b/j, portée par la consommation pétrochimique et les biocarburants. Toutefois, l’agence souligne que les technologies propres progressent, contribuant à freiner la croissance de la demande liée aux carburants.
L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) reste plus optimiste. Elle anticipe une croissance stable de la demande mondiale de pétrole de 1,3 million de barils par jour (mb/j) en 2025 et 2026, malgré les incertitudes économiques. Selon ses projections, la consommation mondiale atteindra 106,4 mb/j en 2026.
L’offre mondiale de pétrole continue également de croître. Selon l’AIE, la production a augmenté de 330.000 b/j en mai, atteignant 105 mb/j, soit 1,8 mb/j de plus qu’à la même période en 2024. Cette progression est due au retour progressif à la normale des pays de l’OPEP+, qui avaient réduit volontairement leur production depuis fin 2023.
À moyen terme, l’offre mondiale devrait atteindre 107,2 mb/j d’ici 2030, grâce à une augmentation de 4,1 mb/j par rapport à 2024. Les producteurs des Amériques en seront les principaux moteurs, représentant presque la totalité des 3,1 mb/j de croissance hors OPEP+. La production de pétrole de roche-mère (LTO) aux États-Unis marque cependant un ralentissement, tandis que l’Argentine voit sa production de LTO plus que doubler d’ici 2030.
L’OPEP+ prévoit de son côté une augmentation modeste de 1 mb/j de sa production d’ici 2030, alors que la demande pour son brut pourrait diminuer de 1,8 mb/j à cause des nouvelles offres hors cartel.
Rebond de l’activité raffinage
L’activité de raffinage devrait connaître un rebond après un ralentissement récent. L’AIE prévoit une hausse des débits de 460.000 b/j en 2025 et 2026, atteignant respectivement 83,3 mb/j et 83,7 mb/j.
Par ailleurs, les stocks mondiaux de pétrole ont augmenté pour le troisième mois consécutif, atteignant 7.717 millions de barils en avril, surtout grâce aux pays non membres de l’OCDE. Cependant, les stocks industriels de l’OCDE restent à un niveau inférieur de 97 millions de barils par rapport à l’année dernière.
Enfin, l’AIE estime que les émissions de CO₂ liées à l’utilisation du pétrole atteindront un pic d’ici 2027, soulignant que la demande à usage combustible se stabilisera autour de 84 mb/j en fin de décennie, du fait de l’électrification des transports et de la transition énergétique.
Si la croissance de la demande de pétrole se maintient, elle sera de plus en plus tirée par les pays émergents, notamment l’Asie. L’Inde, à elle seule, devrait voir sa consommation augmenter de 1 mb/j d’ici 2030, la plus forte hausse parmi tous les pays.
Mais cette trajectoire est loin d’être uniforme. Les pays de l’OCDE plafonnent, la croissance du pétrole comme carburant ralentit, et les biocarburants, les LGN et les pétrochimiques deviennent les principaux vecteurs de croissance.
La décennie en cours s’annonce comme un tournant pour le marché pétrolier mondial, entre pressions écologiques, besoins énergétiques croissants et recomposition géopolitique. Le pétrole n’est pas (encore) en déclin, mais son avenir sera bien différent de son passé.
Islam K.