En décidant le retour de l’ambassadeur d’Algérie à Bamako, le président Abdelmadjid Tebboune ne se contente pas de tourner la page d’un épisode diplomatique tendu. Cette décision marque une étape importante dans la recomposition des relations entre l’Algérie et le Mali, tout en réaffirmant le rôle d’Alger dans les dynamiques de stabilisation et de sécurité au Sahel.
L’axe Alger-Bamako semble, désormais, engagé sur la voie de la normalisation. Après plus d’une année de tensions, les deux pays ont amorcé un processus progressif de rétablissement des relations à travers une reprise du dialogue menée avec discrétion. Loin de l’exposition médiatique, le rapprochement s’est construit par le biais de contacts diplomatiques et de canaux informels, souvent qualifiés de «diplomatie de l’ombre».
Les deux capitales ont annoncé la reprise de leurs relations diplomatiques avec le retour de leurs ambassadeurs respectifs ainsi que la réouverture de leurs espaces aériens. Ces mesures mettent fin à une période de crise déclenchée par l’affaire du drone malien abattu à proximité de la frontière algérienne en avril 2025.
Sur instruction du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, Alger a décidé le retour de son ambassadeur au Mali, Kamel Retieb. De son côté, Bamako a annoncé le retour de son représentant diplomatique en Algérie, Mohamed Amaga Dolo.
Selon le ministère algérien des Affaires étrangères, cette décision traduit «la volonté constante et résolue de rétablir les relations algéro-maliennes dans leur trajectoire historique naturelle», fondée sur le respect mutuel, la fraternité et la coopération au service des intérêts des deux peuples, mais également de la stabilité régionale.
Dans le même cadre, l’Algérie a annoncé, via le ministère de la Défense nationale, la réouverture complète de son espace aérien aux vols en provenance ou à destination du Mali. Cette mesure, qui concerne l’ensemble des liaisons aériennes maliennes vers les différentes destinations internationales, a été suivie par une décision similaire des autorités maliennes.
Bamako a indiqué que cette initiative s’inscrivait dans «le cadre de la redynamisation des relations de coopération et d’amitié» entre les deux pays, annonçant,à son tour, le retour de son ambassadeur à Alger et la réouverture de son espace aérien aux aéronefs civils et militaires assurant des liaisons avec l’Algérie.
Cette évolution constitue une première étape vers la restauration de la confiance entre deux pays liés par une histoire commune, une frontière de plus de 1 300 km et des enjeux sécuritaires étroitement imbriqués.
Au-delà de la dimension bilatérale, le retour du dialogue entre Alger et Bamako envoie un signal aux autres acteurs régionaux et internationaux : la concertation demeure, pour l’Algérie, l’un des principaux leviers pour répondre aux défis complexes auxquels est confronté le Sahel.
La sécurité, facteur déterminant du rapprochement
Les relations entre Alger et Bamako se sont fortement dégradées depuis 2023, après la rupture par les autorités maliennes de transition de l’accord de paix d’Alger de 2015. Bamako accuse l’Algérie d’ingérence, tandis qu’Alger met en garde contre les répercussions de cette décision sur la stabilité du nord du Mali. Les tensions se sont encore aggravées après l’affaire du drone malien, dont la destruction par l’armée algérienne est contestée par Bamako, entraînant le rappel des ambassadeurs et la fermeture réciproque des espaces aériens.
La reprise du dialogue intervient alors que le Mali reste confronté à une situation sécuritaire difficile, marquée par la progression de groupes armés et la persistance de tensions, notamment dans le nord du pays.
Pour de nombreux observateurs, ce contexte renforce la nécessité d’une coordination régionale accrue avec l’Algérie, acteur clé grâce à sa proximité géographique et à son expérience en matière de médiation.
Alger a privilégié une approche fondée sur le dialogue, estimant qu’une coopération étroite entre les pays du Sahel demeure indispensable. Le Niger aurait également contribué à l’amélioration du climat régional en renouant progressivement le dialogue avec l’Algérie, ouvrant la voie à un renforcement des partenariats régionaux.
Relance de la coopération économique et sécuritaire
Au-delà du rétablissement diplomatique, le rapprochement entre Alger et Bamako pourrait relancer la coopération économique et sécuritaire. L’énergie, le commerce transfrontalier, les transports et les infrastructures figurent parmi les principaux secteurs concernés.
Pour le Mali, cette dynamique offre l’opportunité de renforcer ses échanges régionaux et de diversifier ses partenariats dans un contexte économique et sécuritaire toujours fragile.
La pérennité de ce rapprochement dépendra, toutefois, de la capacité des deux pays à maintenir un dialogue régulier, à gérer les dossiers sensibles avec pragmatisme et à concrétiser leurs engagements. Après plusieurs années de tensions, Alger et Bamako semblent ainsi renouer avec une relation fondée sur la coopération et la convergence de leurs intérêts.
Smail Rouha
