L’inauguration, jeudi, dans la wilaya de Tissemsilt, d’une unité de production de composants et d’accessoires plastiques pour automobiles, relevant du Holding AlgeriaChemicalSpecialties (ACS), marque la reprise d’activité d’un site industriel confisqué dans le cadre de la lutte contre la corruption. Une opération qui s’inscrit dans une dynamique nationale de récupération et de relance des projets confisqués.
Il y a quelques années encore, ces unités confisquées par la justice incarnaient l’arrêt et le gaspillage : chaînes à l’arrêt, investissements immobilisés et capacités de production inexploitées, sur fond de défiance citoyenne liée à l’accaparement de pans entiers de l’économie par des réseaux d’intérêts privés.
Aujourd’hui, la trajectoire s’inverse. Sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, ces actifs sont progressivement réintégrés dans le circuit économique national. Le Premier ministre, SifiGhrieb, l’a affirmé : l’opération «se poursuit en vue de leur réintégration dans le tissu économique national». Une logique dans laquelle la sanction judiciaire doit désormais déboucher sur une valorisation économique des actifs récupérés.
Cette démarche se veut progressive et méthodique. Loin des effets d’annonce, la relance avance de wilaya en wilaya. SifiGhrieb a annoncé «la relance prochaine de plusieurs de ces projets industriels dans nombre de wilayas», tout en soulignant le suivi personnel exercé par le chef de l’État sur le respect des délais fixés.
De la sanction à la valeur ajoutée
Ce qui se dessine, c’est un changement de logique : là où la confiscation signifiait l’arrêt ou le gel d’actifs, l’objectif est désormais de les remettre en activité. Chaque unité relancée peut ainsi redevenir un outil de production, un gisement d’emplois et un maillon du processus d’industrialisation nationale.
L’unité de Tissemsilt en fournit une illustration. En produisant localement des composants automobiles, elle s’inscrit dans l’objectif de développement de la production nationale et de réduction de la dépendance aux importations. Chaque pièce fabriquée localement peut contribuer à économiser des devises et à renforcer les compétences industrielles nationales.
Des crises transformées en opportunités
L’enjeu dépasse ainsi la seule remise en activité de quelques unités. Il réside dans la capacité à transformer des actifs immobilisés en capacités productives durables.
Cette approche répond à plusieurs objectifs : créer de la valeur ajoutée locale en réintégrant des actifs à l’arrêt dans le circuit économique ; accélérer l’industrialisation dans des secteurs stratégiques, notamment l’automobile et la chimie ; favoriser la création d’emplois directs et indirects à travers le développement de la sous-traitance ; et réduire progressivement la dépendance aux importations.
Reste désormais l’épreuve du temps. La multiplication annoncée des relances devra se traduire par des résultats mesurables : volumes de production, emplois créés, niveaux d’intégration et contribution effective à la substitution aux importations. C’est sur ce terrain concret, davantage que sur les déclarations, que se mesurera la portée de cette stratégie.
La trajectoire est désormais engagée : en Algérie, la lutte contre la corruption ne s’arrête pas aux procédures judiciaires. Elle se prolonge par la récupération et la remise en activité des actifs concernés. D’un site industriel à l’arrêt, l’objectif est désormais de faire renaître une capacité de production, des emplois et de la valeur ajoutée.
Assia M.
