Dans un contexte international marqué par l’accélération des mutations technologiques et la montée de nouvelles formes de conflictualité, le chef d’état-major de l’ANP a appelé à renforcer la prospective stratégique et la capacité d’anticipation face à des menaces de plus en plus diffuses et complexes.
Lors de l’ouverture d’un séminaire consacré aux menaces extérieures et aux mutations géopolitiques et technologiques, le général d’armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, a livré une analyse structurée des évolutions du système international et des défis auxquels l’Algérie doit faire face.
Dans son intervention, Saïd Changeriha a insisté sur le développement d’une pensée proactive, le renforcement de la prospective stratégique et sécuritaire, et une meilleure compréhension des mutations mondiales.
«Cette manifestation scientifique s’inscrit dans le cadre des efforts constants déployés par les diverses structures et composantes de l’Armée nationale populaire, pour promouvoir la culture de la pensée proactive et renforcer les mécanismes de prospective stratégique et sécuritaire, de manière à permettre une compréhension plus approfondie des mutations qui s’opèrent à travers le monde, ainsi que de leurs dimensions et leurs éventuelles incidences sur la sécurité, la stabilité et les intérêts vitaux de notre pays», a-t-il relevé.
Décrivant un monde en profonde transformation, caractérisé par une instabilité croissante, il a souligné que
«l’environnement international devient de plus en plus complexe, où règnent l’incertitude stratégique et la course acharnée aux ressources, avec l’emploi de nouveaux instruments d’influence et de pression». En filigrane, Saïd Chanegriha met en garde contre un monde devenu un espace de rivalités permanentes, où les rapports de force se déplacent et se recomposent.
L’anticipation comme outil de décision
Un axe fort du discours est la montée en puissance des facteurs non militaires classiques. Le chef d’état-major de l’ANP a souligné que les évolutions dans le cyberespace, l’intelligence artificielle et la gestion des données participent à la redéfinition des équilibres internationaux.
Dans cette logique, la puissance ne repose plus uniquement sur les capacités militaires traditionnelles, mais sur la capacité des États à produire et contrôler le savoir. «Le contrôle des outils d’anticipation et l’élaboration des scénarios prévisibles sont des clés importantes pour la prise de décisions stratégiques et sécuritaires et l’amélioration des niveaux de maturité des politiques publiques de l’État», relève-t-il à ce sujet.
Cette approche traduit une évolution majeure des doctrines contemporaines de sécurité : l’importance croissante de l’anticipation, de la modélisation des risques et de la préparation en amont des menaces potentielles.
Une Algérie tournée vers la vigilance
Dans son intervention, Saïd Chanegriha a également insisté sur la posture de l’Algérie dans ce contexte mondial incertain. Il a affirmé que «l’Algérie continue de renforcer sa veille stratégique, à travers l’adoption d’approches proactives face aux différents défis, qui lui garantissent de rester un partenaire international crédible et un acteur actif dans son espace géo-sécuritaire».
Une manière de positionner l’Algérie en tant qu’acteur stable, attentif aux évolutions globales et capable d’adaptation.
Dans son discours, Saïd Chanegrihamet en avant la continuité des efforts de modernisation de l’Armée nationale populaire. Et de rappeler que sous la conduite du président de la République, l’ANP poursuit ses efforts pour consolider et renforcer sa disponibilité opérationnelle et poursuivre la modernisation de ses équipements militaires et la promotion de son appareil de formation.
Cette stratégie vise, selon Saïd Chanegriha, à permettre à l’Algérie d’acquérir la capacité permanente de faire face à toutes les formes de menaces actuelles et futures et à faire de l’Algérie un rempart de sécurité et de stabilité.
Géopolitiquement, le message traduit une volonté de préserver une autonomie décisionnelle, d’éviter les alignements automatiques sur les blocs internationaux et de maintenir un rôle régional de stabilisateur (Maghreb, Sahel, Méditerranée).
Le renseignement au cœur de la stratégie sécuritaire
La tenue de ce séminaire sous l’égide de la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure souligne également l’importance accordée au renseignement et à l’analyse stratégique.
Dans un contexte marqué par les menaces hybrides et les évolutions technologiques rapides, la collecte et l’analyse de l’information apparaissent comme des outils essentiels de souveraineté et de prise de décision.
En filigrane, le discours de Saïd Chanegriha traduit une lecture globale du système international : fragmentation des rapports de force, montée des rivalités technologiques et diversification des formes de puissance.
Au-delà de son caractère institutionnel, le discours met en lumière une évolution plus large des doctrines de sécurité contemporaines. Elle confirme que dans la vision portée par le haut commandement militaire, la puissance du XXIe siècle repose autant sur le savoir, l’anticipation et la technologie que sur les capacités militaires classiques.
Dans un environnement mondial perçu comme instable et concurrentiel, l’Algérie entend ainsi renforcer son rôle d’acteur stratégique autonome et vigilant.
Smail Rouha
