L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, indique qu’une visite à Alger du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, est à l’étude, même s’il admet que la crise n’est pas encore passée.
Après dix-huit mois de crise diplomatique frôlant même la rupture diplomatique, l’Algérie et la France ont entrepris depuis quelque temps un rapprochement significatif.
Les canaux de communications ont été rétablis petit à petit, selon l’ambassadeur de France en Algérie Stéphane Romatet, rappelé dans son pays depuis avril 2015.
S’exprimant hier, dans un entretien avec la radio publique française «RFI», le diplomate français a notamment confirmé que depuis trois mois «des canaux de communication ont été rétablis entre Paris et Alger», tout en reconnaissant que «la crise n’est pas encore passée».
Selon Romatet, des contacts «ont été initiés depuis maintenant plusieurs semaines, des réunions de travail ont eu lieu entre spécialistes français et algériens», ajoutant que «la France est dans l’attente que les Algériens prennent les premières mesures qui permettent de marquer la reprise de cette coopération consulaire».
Le sécuritaire et la migration
La reprise de la coopération sécuritaire et la réadmission des personnes sous OQTF ont été les principaux points abordés lors de ces réunions de travail selon l’ambassadeur français. «La France à deux priorités, d’une nécessité absolue et impérative, la reprise de la coopération sécuritaire et de la coopération migratoire avec la réadmission des personnes sous OQTF» dit-il.
« Il faut absolument que nous dépassions ce qui s’est passé depuis maintenant 18 mois, c’est-à-dire la quasi-rupture des relations entre la France et l’Algérie», a-t-il ajouté. Interrogé sur la prochaine visite annoncée du ministre de l’Intérieur Laurent Nunez en Algérie, Romatet a confirmé qu’il a été invité : «ça fait partie effectivement des gestes que nous avons constatés de la part des autorités algériennes».
Selon lui cette visite doit être préparée et «c’est ce qui se passe en ce moment» pour faire en sorte «que cette visite puisse avoir lieu, que les conditions de succès de cette visite puissent être réunies, notamment sur les gestes qui sont attendus de la part des autorités algériennes Ça a été le cas depuis maintenant deux ou trois mois. Je pense que c’est plutôt cette méthode-là qui est de nature à faire progresser la relation sur les deux éléments qui sont essentiels pour la France, pour des raisons de sécurité, la reprise de la coopération sécuritaire et la reprise de la coopération migratoire pour permettre enfin l’éloignement de ceux qu’on appelle les OQTF de la France vers l’Algérie».
Le choix des mots
Enfin sur la surenchère de déclarations d’hommes politiques français contre la politique algérienne à l’égard de la France qui jettent de l’huile sur le feu, Romatet n’a pas épargné leurs auteurs : «Je crois qu’il faut être très attentif à ne pas stigmatiser une population. Et c’est vrai qu’on a pu constater, notamment dans certains médias français, des propos souvent hostiles, pas simplement aux dirigeants algériens, mais parfois, au-delà de cela, des propos qui s’en prennent à un pays et à une population. Donc je pense que la responsabilité des dirigeants politiques est de faire très attention effectivement au choix des mots pour ne pas stigmatiser un peuple et une population».
Sur la possibilité d’un engagement d’un rapport de force par plusieurs hommes politiques français, Romamat ne croit pas que cela puisse produire de résultats. «Alors moi, je ne reprendrai pas ces expressions. Je pense que la publication, en quelque sorte, d’un rapport de force ne produit pas de résultats. Et d’ailleurs le ministre de l’Intérieur l’a expressément dit».
Prié de dire s’il allait retourner à Alger, l’ambassadeur français s’est montré évasif. Romatet s’est contenté de dire que «cela relève d’une décision du président de la République français Emmanuel Macron dès qu’il jugera que les conditions politiques pour ce retour sont réunies. Je suis maintenant depuis plus de huit mois en France.
Ce qu’il faut, c’est après une année 2025 qui a été une année très difficile, c’est que cette année 2026 soit une année où nous sortons en quelque sorte de cette ornière. Et évidemment, je suis prêt à y prendre toute ma part, comme vous pouvez l’imaginer».
Mahmoud Tadjer
