La situation humanitaire à El-Fasher, désormais sous contrôle des FSR, est jugée catastrophique. De nombreux rapports évoquent des exécutions sommaires, des viols, et des déplacements massifs de civils.
Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, a affirmé lundi que la Cour dispose d’une compétence juridictionnelle pour enquêter sur les crimes commis dans l’État du Darfour, au Soudan. Il a confirmé la poursuite des investigations sur les exactions présumées depuis le déclenchement du conflit entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR) en avril 2023.
Dans un communiqué particulièrement alarmant, Karim Khan s’est dit profondément préoccupé par les informations faisant état de meurtres, de viols et d’autres crimes graves dans la ville d’El-Fasher, attribués aux FSR. Ces dernières ont revendiqué la prise totale de la capitale du Darfour-Nord à la fin du mois d’octobre, après un siège de plusieurs semaines. Le procureur a souligné que si ces faits étaient confirmés, ils pourraient constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
Le bureau du procureur a indiqué travailler activement à la collecte de preuves en vue d’éventuelles poursuites judiciaires, invitant les individus et les organisations à fournir toute information pertinente. Karim Khan a rappelé que la CPI enquête depuis 2005 sur les crimes commis au Darfour, après le renvoi du dossier par le Conseil de sécurité de l’ONU. Ces enquêtes avaient abouti à l’émission de mandats d’arrêt contre plusieurs responsables soudanais, dont l’ancien président Omar el-Béchir.
La situation humanitaire à El-Fasher, désormais sous contrôle des FSR, est jugée catastrophique. De nombreux rapports évoquent des exécutions sommaires, des viols, et des déplacements massifs de civils. Selon les Nations unies, des milliers de personnes fuient la ville à pied vers Tawila, distante de 60 kilomètres, en empruntant ce que les habitants appellent «la route de la mort», où les rescapés affrontent la faim, la soif et de multiples exactions.
L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a, de son côté, signalé un nouvel épisode de déplacement massif dans les États du Kordofan-Nord et du Kordofan-Sud. Ses équipes ont recensé 1 565 personnes déplacées samedi dernier en raison de la dégradation sécuritaire. Parmi elles, 1 205 ont fui les villes de Bara et d’Umm Rawaba, tandis que 360 autres provenaient des localités d’Al-Abbasiya et de Dallami. Ces familles se sont réfugiées dans d’autres zones des Kordofan ou dans l’État du Nil-Blanc.
Selon l’OIM, plus de 36 800 personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers entre le 26 et le 31 octobre, illustrant l’ampleur de la crise humanitaire qui touche désormais le centre du pays. Les violences se sont intensifiées dans le Kordofan-Nord, où les FSR ont mené plusieurs attaques, notamment à l’aide de drones, sur la région de Zaribat al-Cheikh al-Borai. Le Réseau des médecins soudanais a rapporté que 38 civils ont été tués à Umm Dam Haj Ahmed, lors d’une attaque imputée aux FSR.
Le pays au bord de la fragmentation
Ces violences interviennent alors que les Forces de soutien rapide ont étendu leur emprise sur le territoire. Elles contrôlent désormais l’ensemble des cinq États du Darfour, à l’exception de quelques localités du nord encore tenues par l’armée soudanaise, ainsi que certaines zones dominées par le Mouvement de libération du Soudan dirigé par Abdel Wahid Mohamed Nour, notamment la région de Tawila, où s’accumulent les déplacés d’El-Fasher.
L’armée soudanaise conserve toutefois la main sur la majorité des treize autres États du pays, répartis entre le sud, le nord, l’est et le centre, y compris la capitale Khartoum. Mais la multiplication des attaques, des déplacements et des crimes signalés laisse craindre une fragmentation progressive du Soudan, désormais plongé dans l’un des conflits les plus violents et les plus complexes de son histoire contemporaine.
A.M.
