Par-delà les discours feutrés et les salles vitrées du Centre international de conférences de Genève, une urgence s’impose : débarrasser la planète du mercure, ce métal aussi discret que meurtrier.
Par S. Méhalla
Du 3 au 7 novembre 2025, plus de mille délégués venus des cinq continents participent à la sixième Conférence des Parties (COP-6) de la Convention de Minamata. L’enjeu : renforcer le combat mondial contre un poison industriel qui continue d’empoisonner les sols, les rivières et les corps.
Adoptée en 2013 et entrée en vigueur en 2017, la Convention de Minamata tire son nom d’une tragédie japonaise : la contamination de milliers d’habitants par les rejets d’une usine chimique dans la baie de Minamata, au milieu du XXᵉ siècle. Depuis, ce traité symbolise la capacité du multilatéralisme à réparer les erreurs de l’industrialisation aveugle. Mais huit ans après son entrée en vigueur, les défis restent considérables.
À Genève, les États examinent une série de mesures fortes : lutte contre le commerce illégal du mercure, contrôle de son approvisionnement, interdiction des cosmétiques éclaircissants, et sortie progressive des amalgames dentaires.
La question la plus sensible demeure celle de l’orpaillage artisanal — principale source mondiale d’émissions de mercure — qui met en danger des millions de travailleurs et pollue les grands bassins fluviaux d’Afrique et d’Amérique latine. Les délégués discutent aussi d’alternatives sans mercure dans la production de chlorure de vinyle et de l’adaptation des financements internationaux via le Fonds pour l’environnement mondial.
Pour la Suisse, hôte de cette conférence, “la structure de la Convention est un modèle de gouvernance environnementale globale”, a déclaré Katrin Schneeberger, secrétaire d’État et directrice de l’Office fédéral de l’environnement. Le PNUE, par la voix d’Elizabeth Mrema, a salué “un exemple de solidarité scientifique mondiale”. Quant à Monika Stankiewicz, secrétaire exécutive de la Convention, elle a rappelé que malgré les progrès réalisés, “le commerce illégal, les émissions minières et les cosmétiques au mercure continuent d’exposer les plus vulnérables : femmes, enfants, peuples autochtones”.
En marge des débats, Genève accueille une série d’événements symboliques. Le documentaire Amazon, the New Minamata a mis en lumière la tragédie contemporaine des populations indigènes du bassin amazonien, victimes d’une contamination similaire à celle du Japon. Une exposition photographique, The Minamata Photographer’s Eye, rend hommage à W. Eugene et Aileen Mioko Smith, témoins visuels de l’horreur initiale.
De la baie japonaise aux rivières amazoniennes, une même leçon s’impose : le mercure tue lentement, mais sûrement. Derrière les résolutions techniques, c’est la conscience planétaire qu’il faut réveiller. La COP-6, en appelant à “faire du mercure une histoire ancienne”, engage l’humanité à tourner la page d’un poison invisible, symbole des dérives d’un progrès sans garde-fou. Genève, pour quelques jours, en devient le tribunal moral.
S.M.
