Alger et Prague entendent désormais franchir un cap en misant sur les partenariats industriels, le transfert de technologie et de nouveaux investissements pour transformer cette dynamique commerciale en projets concrets et durables.
L’Algérie et la République tchèque veulent donner un nouvel élan à leurs relations économiques en misant sur l’investissement, les partenariats industriels et le transfert de technologie. Cette ambition était au cœur du Forum d’affaires algéro-tchèque, ouvert hier à Alger et coprésidé par le Premier ministre, Sifi Ghrieb, et son homologue tchèque, Andrej Babiš, en présence de responsables gouvernementaux et d’opérateurs économiques des deux pays.
En marge de cette rencontre, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a reçu le chef du gouvernement tchèque et la délégation qui l’accompagne, a annoncé la présidence de la République dans un communiqué. Ont notamment assisté à cette audience le directeur de cabinet de la présidence, Lounès Magramane, le conseiller chargé des affaires diplomatiques, Ammar Abba, le secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé de la communauté nationale à l’étranger, Sofiane Chaib, le PDG de Sonatrach, Nour Eddine Daoudi, ainsi que l’ambassadeur d’Algérie en République tchèque, Mohamed Meziane.
Avec des échanges commerciaux qui ont atteint près de 323 millions de dollars en 2025, contre 139 millions un an auparavant, les relations économiques bilatérales affichent une nette progression. Pour autant, cette évolution reste insuffisante au regard des possibilités offertes par les deux marchés. L’enjeu est désormais de diversifier les échanges et de passer d’une relation essentiellement commerciale à une coopération fondée sur la production, l’investissement et la création de valeur ajoutée.
« Cette nouvelle étape que nous nous employons à construire ensemble exige de redoubler d’efforts, d’encourager les initiatives communes et d’explorer de nouveaux domaines de coopération », a déclaré Sifi Ghrieb. Le Premier ministre a ainsi plaidé pour une dynamique plus ambitieuse, capable de transformer les opportunités existantes en projets concrets et durables.
Cette volonté s’inscrit dans le prolongement de relations historiques, marquées notamment par le soutien de la Tchécoslovaquie à la Révolution de libération nationale. Au fil des années, les échanges entre les deux pays se sont étendus au commerce, aux transports, à l’industrie ainsi qu’aux domaines scientifique et technique.
La visite d’Andrej Babiš a également été marquée par la signature de mémorandums d’entente dans les secteurs des mines, de la culture et de la protection civile. Un Conseil d’affaires algéro-tchèque a, en outre, été institué à la faveur d’un accord entre la Chambre algérienne de commerce et d’industrie et la Chambre de commerce tchèque. Cette structure doit faciliter les contacts entre les entreprises, identifier les débouchés et accompagner la concrétisation de projets communs.
L’industrie au cœur des ambitions bilatérales
Au-delà des engagements institutionnels, Alger et Prague entendent donner une traduction industrielle à leur rapprochement. Le Forum d’affaires organisé en février 2025 avait déjà ouvert la voie à plusieurs initiatives, dont un mémorandum entre Zetor Tractors et Unia DZ portant sur la production de matériel agricole en Algérie, ainsi qu’un accord entre SVCS Process Innovation et le Centre de développement des technologies avancées.
Le secteur des transports figure également parmi les pistes explorées, avec des projets impliquant Škoda Transportation et la société algérienne SETRAM. Ces perspectives pourraient favoriser le développement de partenariats dans la fabrication d’équipements et la réalisation d’investissements industriels.
Les entreprises tchèques sont aussi appelées à examiner les possibilités de participation aux projets de modernisation du secteur minier algérien, alors que le pays engage plusieurs opérations structurantes pour valoriser ses ressources naturelles et développer les industries de transformation.
Les opportunités ne se limitent pas à ces secteurs. La construction automobile, la fabrication de composants, l’agriculture, l’agroalimentaire, l’industrie pharmaceutique, les énergies renouvelables, le tourisme, la pêche maritime et l’économie numérique offrent également des perspectives de partenariat. Autant de domaines dans lesquels le savoir-faire technologique tchèque pourrait répondre aux besoins de développement et de diversification de l’économie algérienne.
L’attractivité algérienne mise en avant
Pour convaincre davantage d’entreprises tchèques de s’implanter en Algérie, Sifi Ghrieb a mis en avant les réformes engagées sous l’impulsion du président de la République pour améliorer le climat des affaires, alléger les contraintes administratives et renforcer les garanties accordées aux investisseurs nationaux et étrangers.
Le Premier ministre a également souligné les performances de l’économie nationale. Celle-ci a progressé de 3,9 % en 2025, tandis que les secteurs hors hydrocarbures ont enregistré une croissance de 4,9 %, selon les chiffres qu’il a avancés. Ces résultats sont présentés comme un indicateur des efforts engagés pour élargir la base productive nationale et réduire la dépendance aux hydrocarbures.
Les grands projets miniers constituent, à cet égard, des leviers de diversification. L’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet, dans la wilaya de Tindouf, et le projet intégré de phosphate de Bled El Hadba, à Tébessa, devraient ouvrir de nouvelles perspectives aux activités de transformation, tout en contribuant à l’augmentation des exportations hors hydrocarbures.
L’Algérie entend également tirer parti de la taille de son marché, de la disponibilité d’une main-d’œuvre jeune et qualifiée, de ses ressources énergétiques et de sa position géographique entre l’Europe et l’Afrique. Le développement des réseaux routiers et ferroviaires, ainsi que des infrastructures portuaires et aéroportuaires, renforce cette ambition de faire du pays une plateforme de production et d’exportation vers les marchés africains, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
La modernisation du dispositif réglementaire de l’investissement et le déploiement du guichet unique s’inscrivent dans la même logique : simplifier les démarches des opérateurs et accélérer la réalisation des projets.
Le défi est désormais de passer des intentions aux investissements effectifs. Pour Alger et Prague, la progression des échanges commerciaux constitue un point d’appui, mais la consolidation du partenariat dépendra de la capacité des entreprises à concrétiser les opportunités identifiées. Le Conseil d’affaires algéro-tchèque aura notamment pour mission de rapprocher les opérateurs, de favoriser les transferts de technologie et de faire émerger des projets industriels susceptibles de renforcer durablement les échanges bilatéraux.
Assia M.
