Face à la multiplication des produits contrefaits dans tous les secteurs économiques, Alger a réuni hier des experts nationaux et internationaux à l’occasion d’un séminaire consacré à la lutte anti-contrefaçon et à la propriété intellectuelle. Placée sous le thème «Dangers et solutions dans la lutte anti-contrefaçon», cette rencontre a permis d’examiner les défis économiques, sanitaires et technologiques liés à la contrefaçon, ainsi que les stratégies à mettre en œuvre pour protéger la créativité et l’innovation.
Dans un contexte économique mondialisé, la contrefaçon ne connaît plus de frontières. Elle touche aujourd’hui tous les secteurs : produits alimentaires, cosmétiques, pièces détachées, médicaments et bien d’autres. Les experts ont rappelé que ce marché parallèle représente environ 3 % du commerce mondial, une part colossale difficile à mesurer précisément.
Le responsable de l’Office national des droits d’auteur et des droits voisins (ONDA), Mehdi Delmi, a souligné que la protection de la propriété intellectuelle ne saurait se limiter à un cadre légal. «Nous travaillons avec l’INAPI pour créer un cadre transversal où la propriété intellectuelle accompagne la chaîne de valeur et l’économie nationale. La créativité est la mère de toutes les innovations, et sa valorisation est aujourd’hui essentielle», a-t-il affirmé.
Les intervenants ont rappelé que l’Algérie a consenti de grands efforts législatifs pour renforcer la lutte contre la contrefaçon. Le nouveau Code des douanes érige ainsi la contrefaçon en interdiction absolue, imposant la destruction systématique des produits contrefaits, aux frais du contrefacteur.
Des défis à surmonter
Selon les spécialistes, plusieurs facteurs favorisent la prolifération de la contrefaçon : l’inexpérience des opérateurs économiques, l’attrait des bas prix, la méconnaissance des procédures de protection, le manque de réseaux de distribution organisés, ainsi qu’une coordination intersectorielle insuffisante.
Le représentant de l’Union européenne, Gregor Schneider, a pour sa part insisté sur la nécessité d’une coopération internationale accrue : «Il est essentiel de sensibiliser les populations et les pouvoirs publics à la valeur de la propriété intellectuelle, et d’unir les efforts au-delà des frontières.»
Le représentant de l’Institut national algérien de la propriété industrielle (INAPI) a mis en avant le rôle stratégique de son institution, chargée d’assurer la protection des brevets, marques, dessins et modèles, mais aussi la reconnaissance des appellations d’origine. Il a rappelé que l’Algérie adhère à toutes les grandes conventions internationales, notamment la Convention de Paris sur la propriété intellectuelle.
Les débats ont également mis en lumière l’apport crucial de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux dans la détection et la lutte contre la contrefaçon. L’analyse de données, la surveillance en ligne et la traçabilité numérique constituent désormais des outils incontournables pour repérer les flux de produits frauduleux.
La dimension environnementale et éthique n’a pas été négligée : les intervenants ont insisté sur l’importance du recyclage et de la responsabilité sociétale dans une approche globale de la propriété intellectuelle.
Les participants ont unanimement souligné la nécessité d’une stratégie globale et concertée, fondée sur la formation, la sensibilisation, l’innovation technologique et la coopération interinstitutionnelle.
Cette dynamique commune vise à protéger l’économie nationale, la santé des consommateurs et les droits des créateurs, dans une Algérie déterminée à défendre avec rigueur sa propriété intellectuelle.
Islam K.
