La célébration de l’Aïd el Kebir, marquée cette année par l’importation d’un million de moutons supplémentaires, pose plus que jamais la question de la capacité de récupération et de valorisation des peaux. En effet, bien que des mécanismes soient mis en place, que des campagnes de sensibilisation soient en cours, seule une petite partie de la ressource récupérée est réellement valable pour un usage industriel. Une situation qui nécessite une réflexion plus large selon les spécialistes des mécanismes de collectes. En effet, près de 5 millions de bêtes devraient être sacrifiées ce vendredi à travers le pays à l’occasion de l’Aïd El Kebir. Dans ces conditions, la «récupération» de cette ressource immense est une priorité. Toutefois la «collecte pour valorisation» des peaux issues de l’abattage rituel, reste difficile. L’ancien directeur général de l’Agence nationale des déchets (AND), Karim Ouamane, plaide pour une mise en œuvre de nouveaux mécanismes, et notamment la création «d’abattoirs mobiles» qui pourrait se déplacer au niveau des quartiers. Ces espaces, mis à la disposition des citoyens, mais encadrés par des professionnels, permettrait d’augmenter le nombre des peaux «récupérables». Et concrètement, l’ancien responsable, à la tête de l’AND durant près d’une décennie, nous a expliqué hier : «J’estime que nous devons penser à mettre en place un système d’abattoirs mobiles qui pourrait se déplacer au niveau des quartiers». Une mesure qui irait dans le sens d’une meilleure prise de conscience.
Cela «permettrait au citoyens de pratiquer l’abattage rituel dans les meilleures conditions d’hygiène», a-t-il précisé. Et du point de vue économique, la collecte des peaux serait immédiate et plus efficace. Il faut en effet savoir, ajoute notre interlocuteur, que le tannage des peaux exige le respect de certaines normes. Notamment en termes de conservation, «par salage ou refroidissement», afin de limiter la croissance bactérienne et la décomposition. Et à ce propos, il a noté que les autorités, notamment le ministère de l’Industrie, en collaboration avec le Groupe public des textiles et cuirs (GETEX), ont lancé, ces derniers jours, plusieurs campagnes de sensibilisation. L’objectif est avant tout de partager l’information sur les processus à suivre lors de l’abattage. Ainsi l’une des campagnes s’intitule «Je sacrifie, je dépèce et je sale… pour une peau utile et bien conservée». La numérisation est également mise à contribution cette année avec le lancement de deux plateformes. Les applications «Mrigal Hidoura» et «Moustafid», permettent en effet de «localiser les points de collecte» approuvés par les autorités pour la première, ou mieux encore de «faire don de la peau sans se déplacer» pour la seconde. Des équipes spécialisées doivent assurer la récupération dans un délai maximum de 36 à 48 heures.
Respecter les conditions d’hygiène
Par ailleurs, il est également à souligner que la gestion «des suites de l’abattage rituel» pose toujours certaines difficultés au niveau des quartiers. Ainsi, Karim Ouamane, insiste aussi sur le fait que la question «ne concerne pas uniquement les peaux (…) il y a plusieurs autres catégories de déchets à traiter, et cela nécessite un coût financier». La collecte du foin non-utilisé après l’aïd, mais aussi les restes organiques, tels que les os cornes ou encore les parties non-comestibles… constitue «un défi» pour les services d’hygiène. Et la tâche est d’autant plus difficile et coûteuse que ces déchets sont le plus souvent jetés avec les autres déchets ménagers classiques. Notre interlocuteur estime à ce propos qu’il est temps de lancer une réflexion «beaucoup plus globale».
Mais cela concerne tous les acteurs, et notamment les citoyens qu’il faut encore sensibiliser. «Il faut faire un diagnostic de la situation, estimer les quantités de déchets générées chaque année avant de mettre en place la logistique nécessaire», a-t-il ajouté. Une action d’utilité publique qui irait dans le sens de la prise de conscience enregistrée ces dernières années.
Nadir K.
