L’enjeu pour l’Algérie consistera à préserver sa sécurité tout en s’adaptant à un environnement international de plus en plus fragmenté.
Un rapport du Council on Foreign Relations (CFR), intitulé « Conflits à surveiller en 2026 », dresse un constat alarmant de l’état du système international. L’année à venir s’annonce marquée par une multiplication des foyers de tension, de l’Orient à l’Afrique, en passant par l’Europe et l’Asie, dans un contexte de fragilisation accrue des mécanismes de prévention collective.
Ce qui impose aux États disposant d’un poids géopolitique — au premier rang desquels l’Algérie — de demeurer en état de vigilance permanente et de renforcer leurs outils de prévention et de gestion des crises
Élaboré par le Centre pour l’action préventive du CFR, le rapport s’appuie sur les contributions de plus de 620 experts américains en politique étrangère. Il identifie près de trente scénarios de conflits potentiels susceptibles d’éclater en 2026, en mettant l’accent sur les conflits susceptibles d’affecter directement les intérêts américains, et traduisant une inquiétude croissante face à l’érosion de la stabilité mondiale.
Dans ce paysage géopolitique incertain, l’Algérie apparaît directement concernée. Sa position stratégique en Afrique du Nord et au cœur de l’arc sahélo-saharien l’expose aux répercussions directes des crises régionales, notamment au Sahel et en Libye. Cette réalité impose à Alger un haut niveau de vigilance, ainsi qu’un renforcement constant de ses capacités diplomatiques et sécuritaires.
Remise en cause de la politique américaine
Dans le même contexte, le rapport adresse des critiques directes à la politique étrangère de l’administration Donald Trump dans son mandat actuel, estimant que plusieurs de ses décisions ont été marquées par une « vision à court terme et des effets contre-productifs ». Il souligne que l’administration américaine a systématiquement démantelé les structures gouvernementales dédiées à la prospective stratégique et à la prévention des conflits, sans proposer d’alternatives efficaces, tout en réduisant les financements alloués à ce domaine vital.
Malgré l’annonce de sa volonté de mettre fin à certains conflits, notamment en République démocratique du Congo, à Ghaza et en Ukraine, le rapport estime que le recours de l’administration américaine aux menaces en usant de la force et aux mesures coercitives contre plusieurs pays, y compris des alliés, a contribué à déstabiliser l’ordre international sans justification stratégique claire
Une menace structurelle pour l’ordre mondial
Le rapport souligne que le nombre de conflits armés dans le monde a atteint un niveau inédit depuis la Seconde Guerre mondiale. Plus préoccupant encore, la résurgence des conflits interétatiques marque un retour à des logiques de confrontation que l’on croyait révolues. Selon Paul B. Stares, directeur du Centre pour l’action préventive, cette évolution constitue une menace structurelle pour l’ordre mondial.
Le Moyen-Orient sur une poudrière
Parmi les conflits classés au plus haut niveau de risque figure le conflit israélo-palestinien, avec la perspective d’une escalade en Cisjordanie et d’une reprise des opérations militaires à grande échelle à Ghaza, malgré une trêve humanitaire fragile. Une telle évolution aurait des répercussions directes sur la stabilité du Moyen-Orient et sur les équilibres énergétiques mondiaux, une région d’intérêt stratégique majeur pour la diplomatie algérienne.
En Europe de l’Est, le rapport anticipe une intensification de la guerre en Ukraine, marquée par des attaques contre les infrastructures vitales et les zones urbaines. Ce conflit continue de peser lourdement sur les marchés mondiaux des céréales et de l’énergie, affectant directement les économies dépendantes des importations.
Le Sahel … une spirale sans fin
Le document attire également l’attention sur l’instabilité persistante au Sahel – qui s’étend du Mali au Niger, au Burkina Faso, à la Mauritanie et au Tchad-, classée parmi les risques de niveau intermédiaire et surtout à fort impact régional. L’aggravation de l’insécurité au Mali, au Niger et au Burkina Faso constitue une menace directe pour l’Algérie, en raison de la longueur des frontières et de la circulation des groupes armés et des réseaux criminels transnationaux. D’autant que les États du Sahel souffrent d’une faiblesse institutionnelle profonde et d’une corruption généralisée. Ce qui limite la capacité des gouvernements à exercer leur autorité au-delà des capitales et des grands centres urbains. Une situation aggravée par la marginalisation économique et sociale des zones rurales, ainsi que par l’attrait étranger aux ressources naturelles rares. Autant de facteurs alimentant en permanence les conflits.
L’énigme libyenne
La Libye, bien que non classée parmi les conflits prioritaires, demeure un foyer chronique d’instabilité. La persistance de la division politique et la prolifération des milices armées continuent d’alimenter l’insécurité régionale, obligeant l’Algérie à maintenir une diplomatie active fondée sur le dialogue et le rejet des solutions militaires.
Face à cette accumulation de crises, l’Algérie mise sur une approche diplomatique ancrée dans ses principes historiques : respect de la souveraineté des États, non-ingérence et primauté des solutions politiques. Forte de son expérience en matière de médiation, notamment au Mali et en Libye, l’Algérie compte consolider son rôle de puissance régionale stabilisatrice.
Au vu de ces données, le défi pour l’Algérie consistera à préserver sa sécurité tout en s’adaptant à un environnement international de plus en plus fragmenté. Dans un monde marqué par le recul de la prévention collective et la montée des logiques de force, sa capacité à conjuguer fermeté sécuritaire et diplomatie proactive sera déterminante.
Badis B.
