La scène diplomatique internationale vient de connaître un véritable séisme. En annonçant sa décision de reconnaître prochainement l’État palestinien, le Canada rompt avec des décennies d’alignement sur la politique de Washington et s’oppose frontalement à la stratégie sionisto‑américaine au Proche‑Orient.
Ce geste, à la fois symbolique et politique, intervient dans un contexte où la solution à deux États s’étiole, étouffée par l’intransigeance de Tel‑Aviv et le soutien indéfectible des États‑Unis.
«L’entité sioniste» et les États‑Unis : les architectes du blocage
Depuis des années, le même scénario se répète : l’entité sioniste colonise et annexe de facto, redessinant la carte selon ses impératifs sécuritaires et idéologiques. Les États-Unis protègent leur allié en bloquant, au Conseil de sécurité, toute résolution contraignante et en neutralisant le droit international. Quant à la communauté internationale, elle s’indigne sans agir, laissant le processus de paix s’éroder inexorablement.
Pour avorter la solution à deux Etats, l’entité sioniste évoque une annexion partielle de Ghaza et la réimplantation de colonies sur un territoire dévasté, et c’est ce que redoute le reste de la communauté internationale.
Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a déclaré : «Nous ne pouvons plus rester neutres face à la destruction méthodique des perspectives de paix.»
Mais Ottawa pose des conditions strictes à sa reconnaissance :
Un État palestinien démilitarisé, l’exclusion du Hamas de la vie politique officielle et l’organisation d’élections démocratiques d’ici 2026. Cette reconnaissance, loin d’être un blanc‑seing, se présente comme un pari fragile sur la relance d’une paix vacillante.
Réactions et fractures diplomatiques
La réaction sioniste a été immédiate. Tel‑Aviv dénonce une «récompense pour le terrorisme», tandis que Washington brandit des menaces économiques à l’encontre de son allié du G7, confirmant son rôle de gardien du statu quo.
À l’inverse, l’Autorité palestinienne salue «un acte historique», porteur d’un souffle nouveau pour une cause trop longtemps marginalisée, selon Mahmoud Abbès.
Cette décision creuse davantage la fracture diplomatique entre le camp sionisto‑américain et une partie croissante des puissances occidentales.
Le statu quo en déclin ?
En choisissant de reconnaître l’État palestinien, même sous conditions, le Canada envoie un message clair : l’Occident n’est plus unanimement aligné derrière «l’entité sioniste». Chaque veto américain, chaque nouvelle colonie, chaque projet d’annexion rapproche Tel‑Aviv et Washington de l’isolement diplomatique.
Mais cette reconnaissance pose aussi une équation complexe :
Si un État palestinien démilitarisé et débarrassé du Hamas voit le jour, une partie de la population pourrait y voir une capitulation et faute de réconciliation intra‑palestinienne, le risque d’un État officiel fragile à Ramallah coexistant avec une résistance armée souterraine demeure élevé et une guerre civile ne serait pas à écarter.
Le cœur du problème est là : la solution à deux États n’existe plus que dans les discours. Trois obstacles majeurs verrouillent toute perspective :
1 -La recolonisation de Ghaza, qui rend impossible un État viable.
2- Le veto américain, qui étouffe le droit international.
3- L’exigence de faire disparaître le Hamas et la résistance, irréaliste sans un processus politique crédible.
Sans rupture de ce triangle mortifère, toute reconnaissance restera une victoire symbolique, incapable d’empêcher la lente agonie de la paix. Ottawa a ouvert une brèche diplomatique, mais pour l’instant, le réel continue de se construire à coups de bombes, de colonies et de vetos.
R.Malek
