Le conflit dans la bande de Ghaza vient de franchir un nouveau seuil dramatique pour la profession journalistique.
Cinq reporters ont trouvé la mort lors d’un bombardement sioniste visant l’hôpital «Nasser», à Khan Younès, dans le sud de la bande de Ghaza assiégée par l’armée sioniste. Leur disparition porte à 245 le nombre de journalistes palestiniens tombés depuis le début de la guerre qualifiée de génocidaire par les autorités locales et l’opinion internationale. Parmi les victimes figurent des visages connus de la presse internationale. Hossam Al-Masri, photoreporter travaillant pour l’agence Reuters, a succombé à ses blessures. Mohammed Salama, de la chaîne Al-Jazeera, a également été tué, tout comme Mariam Abou Deqqa, collaboratrice de plusieurs médias dont Independent Arabia et l’agence américaine Associated Press (AP). Le quatrième journaliste, Moaz Abou Taha, était correspondant pour la chaîne américaine NBC. Tous couvraient les conséquences des bombardements à l’hôpital Nasser lorsque l’aviation sioniste a frappé la zone, provoquant également la mort et les blessures de nombreuses autres personnes. Le Bureau d’information gouvernemental de Ghaza a condamné avec véhémence ce qu’il qualifie de crime délibéré contre la presse, dénonçant «le ciblage, l’assassinat et l’exécution systématique» de journalistes.
Il accuse directement l’armée sioniste de mener une guerre non seulement militaire mais aussi médiatique, visant à faire taire toute voix palestinienne et à priver le monde de témoignages indépendants. Les autorités de Ghaza tiennent également responsables les alliés de l’État hébreu. Dans leur communiqué, elles mettent en cause l’administration américaine, mais aussi plusieurs capitales européennes – notamment Londres, Berlin et Paris – accusées de complicité dans ce qu’elles décrivent comme un génocide en cours. Cet appel s’accompagne d’une exhortation pressante à la communauté internationale. Les organisations professionnelles, telles que la Fédération internationale des journalistes et l’Union des journalistes arabes, ainsi que les instances onusiennes sont invitées à condamner les attaques répétées contre la presse et à engager des démarches concrètes pour traduire leurs auteurs en justice. Ghaza demande l’ouverture de poursuites devant les juridictions internationales afin que les «criminels» soient jugés et que cesse l’impunité. Ce nouveau drame vient rappeler le prix exorbitant payé par les journalistes palestiniens depuis près d’un an.
Déjà contraints de travailler dans des conditions extrêmes – destructions massives, pénuries, menaces permanentes – ils continuent de prendre tous les risques pour documenter une guerre où les civils sont les premières victimes. Plusieurs ONG, dont Reporters sans frontières, avaient déjà alerté sur le nombre exceptionnellement élevé de professionnels de l’information tués à Ghaza, un chiffre sans précédent dans l’histoire contemporaine du journalisme. Le Bureau d’information gouvernemental a conclu son message en rendant hommage aux disparus, priant pour que «Dieu accorde miséricorde, agrément et paradis» à ces reporters et exprimant sa solidarité avec leurs familles ainsi qu’avec «la grande famille journalistique palestinienne». Il a également souhaité un prompt rétablissement à ceux qui, blessés, continuent malgré tout d’exercer leur mission d’information.
Alors que la guerre ne montre aucun signe d’apaisement, la mort de ces quatre journalistes confirme la vulnérabilité extrême des professionnels des médias dans la bande de Ghaza. Elle met une nouvelle fois en lumière le danger encouru par ceux qui, caméra ou carnet en main, persistent à témoigner malgré la menace de mort, convaincus que raconter ce qui se passe reste leur seule arme contre l’effacement de la vérité.
A.M.
