Le communiqué du Mouvement El Bina décrit la plainte malienne comme une «tentative désespérée» de masquer l’effondrement institutionnel, l’absence de légitimité populaire et la fragmentation sociale au Mali.
La décision des autorités maliennes issues du coup d’État, celle de déposer, le 16 septembre en cours, une plainte officielle contre l’Algérie auprès de la Cour internationale de justice (CIJ) marque un tournant inquiétant dans les relations entre les deux pays voisins. Un acte perçu à Alger comme une provocation grave, susceptible d’alimenter une escalade politique et diplomatique dans une région déjà fragilisée par l’instabilité. Le Mouvement El Bina dirigé par Abdelkader Bengrina, a réagi vigoureusement à cette initiative de Bamako, dénonçant une «dérive dangereuse» et une «manœuvre politique méprisable» des autorités putschistes maliennes. Dans un communiqué diffusé hier, le parti a pointé une stratégie destinée, selon lui, à détourner l’opinion publique malienne de ses véritables préoccupations, alors que le pays traverse une crise multidimensionnelle.
Depuis des décennies, l’Algérie s’est imposée comme médiateur incontournable dans la crise malienne, notamment à travers l’Accord d’Alger signé en 2015. Le choix du Mali de saisir la CIJ est donc interprété comme un coup de théâtre remettant en cause ce rôle. La formation politique estime que cette démarche vise à «exporter les crises internes» et à «se dérober des responsabilités historiques» du pouvoir malien envers son peuple. Alger rappelle régulièrement sa ligne diplomatique : le dialogue, la réconciliation et la solution pacifique des conflits. Dans ce contexte, l’initiative de Bamako apparaît comme une remise en cause des efforts fournis dans un cadre régional et international, nourrissant la crainte d’un isolement progressif du Mali vis-à-vis de ses partenaires africains.
Les dangers d’un discours
Le communiqué du Mouvement El Bina décrit la plainte malienne comme une «tentative désespérée» de masquer l’effondrement institutionnel, l’absence de légitimité populaire et la fragmentation sociale au Mali. Cette analyse rejoint celle de plusieurs observateurs qui soulignent la difficulté du Conseil militaire de transition à répondre aux attentes économiques et sécuritaires de la population, tout en multipliant les tensions avec ses voisins. Le parti de Bengrina alerte par ailleurs sur les dangers d’un discours visant à opposer les peuples. L’histoire commune et les liens de fraternité entre l’Algérie et le Mali, forgés par la lutte anticoloniale et consolidés par des décennies de voisinage, ne sauraient, selon lui, être effacés par «les agendas de transition passagers». Au-delà du différend bilatéral, le Mouvement met en garde contre une accumulation de menaces aux portes de l’Algérie : présence militaire étrangère croissante au Sahel, tensions en Libye, violences persistantes dans plusieurs foyers africains et tragédie en cours à Ghaza. Il cite notamment les projets attribués à un «certain État» de construire une base militaire à Ghadamès, à la frontière sud-est de l’Algérie, comme un facteur supplémentaire de déstabilisation régionale.
Dans ce climat, le mouvement appelle les élites et les forces nationales algériennes à «resserrer les rangs» et à renforcer l’unité interne pour faire face aux défis externes. Un message qui fait écho à l’inquiétude grandissante suscitée par la multiplication des foyers de tension autour du pays. El Bina affirme par ailleurs son plein soutien aux institutions de l’État dans leur gestion de cette crise, réaffirmant sa confiance dans la «sagesse» et la «capacité à agir avec fermeté et équilibre» des autorités. Le parti insiste sur la nécessité de défendre la souveraineté nationale et de rester fidèle à la vocation de l’Algérie : celle d’un acteur en faveur de la paix, du respect du droit international et de la stabilité africaine. En conclusion, le mouvement dirigé par Abdelkader Bengrina rejette toute tentative visant à diviser les peuples de la région et appelle Bamako à rétablir des relations basées sur le respect mutuel et le bon voisinage.
Pour Alger, la plainte malienne devant la CIJ, loin de résoudre les crises internes du Mali, risque surtout d’aggraver l’instabilité et de compliquer davantage la recherche de solutions collectives dans une région déjà sur le qui vive.
A.M.
