Dès les premières heures de la matinée, une même scène se répète à l’entrée de la Palais des expositions SAFEX : des files interminables de véhicules, venus des quatre coins du pays, convergent vers un seul objectif.
Oran, Annaba, Setif, jusqu’aux wilayas du Sud… tous les chemins mènent cette semaine à la 28ᵉ édition du Salon BATIMATEC 2026. À pied, les visiteurs affluent par vagues via le Tramway d’Alger. Professionnels du bâtiment, jeunes diplômés, familles en quête de logement ou simples curieux. Un public hétéroclite, uni par une même volonté : comprendre les transformations d’un secteur clé de l’économie nationale.
Un salon qui dépasse l’exposition
À l’intérieur, le contraste est saisissant. Les allées larges et animées dévoilent un univers où le bâtiment n’est plus seulement une affaire de briques et de ciment, mais un véritable écosystème économique en pleine évolution.
Cette édition 2026 s’impose comme l’une des plus marquantes en Afrique, avec un accent particulier sur l’innovation et l’entrepreneuriat. Près de 40 start-up y présentent leurs solutions, incarnant la volonté des pouvoirs publics de bâtir une économie fondée sur la connaissance.
Dans le nouveau pavillon Palestine, ces jeunes entreprises occupent une place stratégique. Objectif : créer des passerelles avec les grands groupes du BTP. « Il s’agit de donner de la visibilité aux solutions développées et de créer des opportunités concrètes », a-expliqué Noureddine Ouadah. Ministre des startups.
Une effervescence rarement vue
À l’intérieur des pavillons, difficile de circuler sans croiser un groupe en pleine discussion technique ou une famille examinant attentivement une maquette immobilière. Les stands ne désemplissent pas, et les démonstrations attirent des attroupements spontanés. «On sent une énergie particulière», confie Karim, ingénieur en génie civil. «Ce n’est pas juste une exposition, c’est un lieu d’échange réel.
On apprend, on compare, on se projette.» Même son de cloche chez les artisans et entrepreneurs. Beaucoup évoquent une édition « plus dynamique» que les précédentes, avec une offre plus diversifiée et surtout plus innovante.
Pour une partie du public, la visite dépasse largement la simple découverte. Certains viennent avec des objectifs précis : trouver un fournisseur, nouer un partenariat ou même lancer un projet. Abdelhamid, artisan venu d’Annaba, résume bien cet état d’esprit : «Je suis venu chercher des idées, mais aussi des contacts. Ici, on peut vraiment développer son activité.»
D’autres visiteurs, moins professionnels, vivent l’événement comme une opportunité rare. Dans les espaces immobiliers, les discussions sont intenses. Les prospects comparent, négocient, imaginent leur futur logement. Sonia, étudiante, explique : «Voir autant d’offres réunies au même endroit, ça aide à se décider… même si ça rend le choix plus difficile!»
La diaspora de plus en plus présente
Parmi les visiteurs, la présence d’Algériens résidant à l’étranger se fait particulièrement remarquer. Attirés par les opportunités d’investissement, ils arpentent les stands avec attention. Certains confient être agréablement surpris par le niveau d’organisation et la qualité des offres. «On sent que les choses évoluent», explique Ilyas, venu de France. « Ça donne envie de franchir le pas.»
« Franchement, je ne m’attendais pas à ce niveau», confie Samir, un Algérien installé au Canada depuis une quinzaine d’années, croisé dans les allées du Batimatec 2026 au Palais des expositions SAFEX. « On voit des projets structurés, des promoteurs sérieux et surtout une vraie diversité dans les offres. Avant, investir à distance faisait un peu peur… mais aujourd’hui, avec ce que je découvre ici, je me dis que c’est peut-être le bon moment pour revenir, au moins à travers un projet immobilier.»
Industrie locale : un tournant stratégique
Au-delà de l’innovation, BATIMATEC 2026 révèle une autre tendance forte : la montée en puissance de la production nationale. Les professionnels sont unanimes : le produit algérien gagne en qualité et en compétitivité. «Aujourd’hui, nous atteignons près de 100 % d’intégration locale », affirme Yacine Mechki, soulignant le rôle déterminant des politiques publiques de soutien à l’industrie. Même son de cloche du côté des partenaires étrangers. Ramadan Baitich insiste sur « la confiance dans le marché algérien » et évoque une «véritable dynamique de croissance portée par les grands projets d’infrastructures et de logements ».
Vers un bâtiment durable
Les conférences techniques organisées en marge du salon témoignent d’un changement de paradigme. Réduction des émissions de carbone, matériaux recyclables, efficacité énergétique : la construction durable s’impose désormais comme une priorité. « L’avenir du secteur dépend de notre capacité à intégrer ces nouveautés», souligne un expert lors d’une conférence.
Une expérience à la hauteur des attentes
Malgré l’affluence, l’organisation semble avoir gagné en maturité. Orientation, gestion des flux, accès à l’information : l’expérience visiteur s’est nettement améliorée, même si l’accès au site reste un défi. Au terme de cette immersion, une évidence s’impose : BATIMATEC n’est plus seulement un salon. C’est un indicateur des transformations profondes que connaît le secteur du bâtiment en Algérie. Entre innovation technologique, montée en puissance de la production locale et nouvelles attentes des citoyens, le paysage évolue rapidement.
I. Khermane
