Face à la baisse structurelle des précipitations et à la fragilisation des ressources hydriques conventionnelles, les pouvoirs publics ont opté pour une approche globale et anticipative.
La stratégie nationale de sécurité hydrique, fondée sur le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées épurées et le renforcement massif des infrastructures hydrauliques, s’impose désormais comme l’axe central de la politique publique visant à sécuriser durablement l’irrigation agricole en Algérie. C’est ce qu’a affirmé le ministre de l’Hydraulique lors de son audition devant la commission de l’agriculture, de la pêche maritime et de la protection de l’environnement de l’Assemblée populaire nationale, dans un contexte marqué par la raréfaction des ressources en eau et l’intensification des effets du changement climatique.
Face à la baisse structurelle des précipitations et à la fragilisation des ressources hydriques conventionnelles, les pouvoirs publics ont opté pour une approche globale et anticipative. Celle-ci repose sur la diversification des sources d’approvisionnement et la mobilisation optimale de l’eau disponible. Le ministre a souligné que plus de 70 % des ressources hydriques mobilisées annuellement sont aujourd’hui orientées vers le secteur agricole, traduisant le caractère stratégique de l’irrigation dans la politique nationale de sécurité alimentaire.
Au cœur de cette stratégie figure le programme de dessalement de l’eau de mer, lancé à l’initiative du président de la République. À ce jour, 17 grandes stations de dessalement et 13 stations monoblocs de moindre capacité sont opérationnelles.
Elles permettent de sécuriser l’alimentation en eau potable des villes côtières et de nombreuses zones de l’intérieur situées dans un rayon de 250 kilomètres. Cette réorganisation de l’approvisionnement a eu un effet direct sur le secteur agricole, en libérant une part importante des eaux des barrages auparavant destinées à la consommation humaine, désormais réaffectées à l’irrigation.
Un levier contre le stress hydrique
Parallèlement, la réutilisation des eaux usées épurées s’impose comme un levier majeur face au stress hydrique. Le pays dispose de 234 stations de traitement des eaux usées, pour une capacité globale estimée à 1,1 milliard de mètres cubes. Un programme national est en cours pour renforcer ces installations par des traitements tertiaires, afin de permettre, à terme, l’irrigation de l’ensemble des cultures agricoles sans restriction, tout en répondant aux normes environnementales.
Le ministre a également mis en avant l’effort soutenu consenti en matière de stockage et de transfert des ressources. L’Algérie compte actuellement 81 barrages, complétés par 604 ouvrages de mobilisation, incluant des petits barrages et des retenues collinaires.
La capacité totale de stockage atteint aujourd’hui 8,6 milliards de mètres cubes et devrait dépasser les 9 milliards avec la réception des barrages en cours de réalisation. À cela s’ajoutent 18 grands systèmes de transfert destinés à acheminer l’eau des régions excédentaires vers les zones structurellement déficitaires.
Ces infrastructures sont renforcées par un réseau important de forages, estimé à près de 290 000 puits à l’échelle nationale, qui jouent un rôle clé dans l’approvisionnement agricole, notamment dans les zones rurales et steppiques. Dans le Sud, où l’agriculture connaît une expansion rapide, le secteur de l’hydraulique accompagne les investissements à Adrar, Ouargla, El Meniaâ et dans d’autres wilayas. À ce titre, près de 15 000 autorisations de forage ont été délivrées, dans le cadre de procédures simplifiées, sous la supervision technique de l’Agence nationale des ressources hydriques.
Au-delà des réalisations matérielles, le ministre a insisté sur la nécessité d’un changement profond dans les pratiques. La généralisation des techniques d’irrigation économes en eau, l’adoption du goutte-à-goutte et de l’irrigation intelligente, ainsi que le renforcement du rôle des associations locales dans la gestion des périmètres irrigués, sont présentés comme des conditions essentielles pour valoriser chaque goutte d’eau mobilisée.
Dans un contexte de sécheresses récurrentes et de ressources limitées, la sécurité alimentaire apparaît plus que jamais indissociable de la sécurité hydrique. À travers cette stratégie multidimensionnelle, les autorités entendent consolider les acquis, protéger les ressources et inscrire l’agriculture algérienne dans une trajectoire durable, capable de réduire la dépendance aux importations et de soutenir une économie nationale plus résiliente.
A.M.
