Sans réformes profondes et mesures fiables, le taux de change ne connaîtra pas de transformation majeure.
En ce début de semaine, les taux de change sur le marché parallèle algérien ont enregistré une légère baisse, notamment pour les devises fortes comme l’euro et le dollar. Au marché parallèle, le taux de l’euro est descendu à 258 dinars à la vente et 255 dinars à l’achat, tandis que le dollar s’échange désormais à 231 dinars à la vente et 228 à l’achat. Cette baisse, bien que modeste, n’est pas passée inaperçue, surtout dans un contexte où les écarts entre marché officiel et marché parallèle continuent de soulever des interrogations.
Sur le marché officiel, en revanche, la stabilité est de mise. Le taux de change publié par la Banque d’Algérie reste inchangé depuis plus d’une semaine : 149 dinars pour un euro et 131 pour un dollar. Cet écart significatif entre les deux marchés — souvent supérieur à 70% — s’explique par des facteurs structurels persistants : une forte demande de devises face à une offre limitée, la réglementation stricte de l’accès aux devises étrangères et la spéculation qui caractérise le marché informel.
Certains observateurs attribuent cette récente baisse au reflux de la demande liée à la fin de la période du Hadj. Durant cette phase, les pèlerins recherchent activement des devises, ce qui entraîne traditionnellement une hausse ponctuelle des taux. La fin de ce cycle engendre donc une détente mécanique sur les prix. Mais cette accalmie pourrait être de courte durée.
En effet, l’Algérie s’apprête à entrer dans la saison estivale, synonyme d’un afflux massif de la diaspora algérienne. Chaque été, des centaines de milliers de ressortissants établis en France ou ailleurs reviennent passer les vacances au pays. Avec eux, une nouvelle dynamique monétaire se met en place : certains arrivent avec des devises à échanger, renforçant l’offre sur le marché noir, tandis que d’autres, au contraire, cherchent à se procurer des dinars, notamment pour faire face à des dépenses importantes en dinars non couverts par les circuits bancaires formels.
Cette double tendance – baisse de la demande post-Hadj et pression haussière prévisible de la période estivale – crée une situation d’attente et d’incertitude. Il est difficile de dire avec certitude si la baisse actuelle est le prélude à une tendance durable ou un simple répit avant un rebond. Toutefois, plusieurs éléments laissent à penser que les taux pourraient remonter dès la fin juin, lorsque la vague des retours estivaux atteindra son pic.
En parallèle, l’absence de réformes structurelles pour rapprocher les taux officiels et parallèles, ainsi que la faiblesse persistante de l’offre de devises au niveau bancaire, perpétuent le rôle central du marché noir dans l’établissement des «vrais» taux de change perçus par la population.
L’économiste, Farid Benyahia, apporte un éclairage plus structurel à cette dynamique. Selon lui, l’Algérie fonctionne toujours dans un système d’économie de rente, reposant essentiellement sur les recettes hydrocarbures, sans réelle politique monétaire et de crédit cohérente. Il avertit ceux qui s’attendent à une chute significative et durable de l’euro, «Sans réformes profondes et mesures fiables, le taux de change ne connaîtra pas de transformation majeure.»
Il rappelle que le marché de la devise est soumis à la loi fondamentale de l’offre et de la demande : « Lorsque la demande est forte, les prix montent. Quand l’offre est abondante, les prix baissent.» Une logique implacable, mais encore faut-il que cette offre soit bien gérée.
Benyahia regrette le manque d’allocation rationnelle des ressources, ainsi qu’une absence de contrôle efficace sur les flux monétaires. Il plaide pour des réformes structurelles : mise en place d’un observatoire des prix, création d’une base de données pour les marchés d’import-export, et surtout, une ouverture encadrée à l’investissement productif.
Islam K.