L’Algérie s’affirme, année après année, comme la première puissance aérienne du Continent africain.
Un récent rapport du site España en árabe, spécialisé dans les affaires militaires, souligne l’écart croissant entre les capacités aériennes de l’Algérie et celles du Maroc. La montée en puissance de l’armée de l’air algérienne, soutenue par un arsenal russe en constante modernisation, conforte Alger dans sa position de leader stratégique en Méditerranée occidentale.
L’élément marquant de cette progression reste l’acquisition attendue du chasseur furtif de cinquième génération Su-57, fleuron de l’aéronautique militaire russe, note la publication. Avec cet appareil, que seuls quelques pays au monde peuvent espérer opérer, l’Algérie franchira un cap technologique majeur. Cette avancée s’ajoute à une flotte déjà bien fournie, notamment avec les 63 Su-30 MKA et les MiG-29, ainsi qu’une récente livraison d’au moins cinq avions Su-35, initialement destinés à l’Iran. Ces acquisitions confirment l’étroite coopération militaire entre Alger et Moscou, ainsi que la stratégie algérienne de maintenir une supériorité aérienne régionale indiscutable.
En 2024, l’Algérie a augmenté de 12% son budget militaire, consolidant sa place de premier importateur d’armes en Afrique. Cette hausse significative des dépenses reflète une volonté claire de moderniser l’ensemble de ses forces armées, avec un accent particulier sur l’armée de l’air. À l’inverse, le Maroc, bien qu’engagé dans une démarche de modernisation, reste confronté à d’importantes contraintes financières qui freinent ses ambitions.
Rabat compte actuellement sur une flotte de 24 F-16 C Block 50, des appareils de quatrième génération que l’on retrouve également dans les arsenaux polonais et chilien. Un contrat a bien été signé pour l’acquisition de nouveaux F-16 Block 70, version plus avancée, mais les livraisons sont retardées en raison de l’encombrement du carnet de commandes de Lockheed Martin. Cette attente prolongée fragilise davantage la capacité de projection du Maroc, déjà limitée face au potentiel de son voisin de l’Est, précise le rapport.
L’expert militaire espagnol Jesús Pérez Triana insiste sur les différences fondamentales qui séparent les deux pays en matière de défense aérienne. Selon lui, l’Algérie bénéficie non seulement d’un équipement supérieur, mais aussi d’un avantage net en termes de radars, de moteurs, de capacités de maintenance et de formation des pilotes. Il souligne également l’autonomie logistique de l’armée algérienne, qui lui permet d’assurer un déploiement durable et efficace de ses forces dans la région.
Au-delà des seuls chiffres, c’est bien la cohérence stratégique qui distingue l’Algérie. La diversité de ses partenaires militaires, la priorité donnée à la technologie de pointe, ainsi que l’investissement dans la formation et l’entretien, font de son armée de l’air un modèle régional. Le Maroc, de son côté, est engagé dans un processus plus lent, marqué par des choix dictés autant par les opportunités diplomatiques que par les contraintes budgétaires.
Cette asymétrie des forces aériennes reflète un équilibre géopolitique plus large entre les deux pays du Maghreb. L’Algérie, par son envergure territoriale, ses ressources énergétiques et sa tradition d’indépendance militaire, vise à préserver une capacité de dissuasion à la hauteur des enjeux régionaux. Dans ce contexte, sa supériorité aérienne n’est pas un simple atout technique, mais un pilier de sa doctrine de défense et un levier d’influence sur la scène africaine et méditerranéenne.
Alors que les tensions géopolitiques demeurent vives dans la région, cette dynamique pourrait peser dans les équilibres à venir. Si le Maroc souhaite réduire l’écart, il lui faudra repenser son modèle d’investissement militaire et accélérer sa transition technologique. En attendant, l’Algérie poursuit sa trajectoire, avec l’ambition non dissimulée de s’imposer comme un acteur incontournable dans le ciel africain.
A.M.
