Un geste fort vient de secouer Médine : Ahmad bin Talib, un prédicateur officiel de la Mosquée du Prophète, a été démis de ses fonctions par le gouvernement saoudien.
Désormais interdit de diriger la prière et de prononcer des sermons, l’imam est accusé, selon certains observateurs, d’avoir abordé de manière trop directe la situation des musulmans et les enjeux politiques du monde arabo-islamique.
Cette éviction n’est pas un cas isolé. Depuis plusieurs années, Riyad resserre son emprise sur le discours religieux. Toute voix jugée critique, trop engagée ou susceptible de heurter la nouvelle orientation politique du royaume est mise de côté. «Dans la nouvelle Arabie saoudite, il n’y a de place que pour les discours consensuels», confient des fidèles.
Ce resserrement intervient alors que Mohammed ben Salmane poursuit sa stratégie de transformation : d’un côté, une modernisation interne accélérée (Vision 2030, ouverture économique et sociale) ; de l’autre, une réorientation géopolitique audacieuse.
Trump, l’entité et la diplomatie saoudienne en mutation
La mise au pas du discours religieux s’articule avec la nouvelle posture diplomatique du prince héritier. Proche de Donald Trump, qui demeure influent sur la scène américaine, MBS a multiplié les signaux d’ouverture vers l’entité sioniste, rompant avec des décennies de tabou diplomatique dans le monde arabe.
Ces gestes, encore prudents mais de plus en plus visibles, s’inscrivent dans une logique de repositionnement stratégique :
Avec Trump, MBS cherche à renforcer son ancrage auprès des milieux républicains et évangéliques.
Avec l’entité sioniste, il explore des passerelles de coopération sécuritaire, technologique et économique, dans la lignée des Accords d’Abraham qui ont redessiné la carte des alliances au Moyen-Orient.
La sanction contre Ahmad bin Talib prend alors un sens particulier : elle illustre la volonté de Riyad de neutraliser toute voix religieuse qui pourrait contester ces rapprochements ou critiquer les choix stratégiques du royaume. L’islam officiel est redessiné pour servir un agenda politique : modernisation intérieure, rapprochement avec Washington et ouverture calculée vers Tel-Aviv.
Ainsi, l’éviction d’un prédicateur courageux dépasse le simple cadre religieux : elle traduit la volonté du pouvoir saoudien de redéfinir les contours de l’autorité, de verrouiller les discours publics et d’accompagner un virage diplomatique historique.
R.C
