Le rétablissement des relations algéro-maliennes marque un tournant stratégique dans une région du Sahel confrontée à des défis sécuritaires et géopolitiques croissants. Après une période de tensions et de refroidissement diplomatique, Alger et Bamako semblent désormais engagés sur la voie d’une normalisation, dictée par les réalités géographiques, historiques et sécuritaires.
Cette reprise des relations diplomatiques complètes entre les deux pays, accompagnée de la réouverture de l’espace aérien, constitue «un développement stratégique majeur» et confirme une réalité incontournable : la stabilité du Mali demeure étroitement liée à celle de l’Algérie, en raison de leur proximité géographique et de leurs intérêts communs dans la région.
En effet, la récente crise entre les deux pays, marquée notamment par des divergences autour de la situation dans le nord du Mali et le gel de certains mécanismes de dialogue, a démontré les limites des politiques d’éloignement ainsi que des tentatives visant à rechercher des alternatives sécuritaires en dehors de leur environnement régional naturel.
Le retour du dialogue politique
Dans une déclaration au quotidien «El Massa», le professeur de sciences politiques Idriss Attia estime que l’expérience récente du Sahel a démontré que les réponses exclusivement militaires ne suffisent pas à garantir une stabilité durable face à des menaces complexes, notamment le terrorisme et la criminalité transfrontalière. La coordination entre les acteurs régionaux, en particulier avec l’Algérie, demeure ainsi un élément essentiel pour relever ces défis.
De son côté, l’ancien Premier ministre malien ChoguelKokallaMaïga a qualifié les dernières décisions prises par Alger et Bamako de
«hautement salutaires». Il a rappelé avoir adressé, le 14 janvier 2026, une lettre ouverte ainsi qu’un mémorandum au président de la République, Abdelmadjid Tebboune, dans lesquels il plaidait pour un rétablissement des relations entre les deux pays.
Pour l’ancien chef du gouvernement malien, la paix, la stabilité et le développement de l’Algérie et du Mali passent nécessairement par la construction de relations fraternelles, durables et mutuellement bénéfiques dans plusieurs domaines : sécurité, diplomatie, lutte contre le terrorisme, coopération économique, échanges culturels et développement social.
Vers une nouvelle étape de coopération sécuritaire
Dans ce contexte, Choguel Kokalla Maïga estime que les conditions sont aujourd’hui réunies pour engager de nouvelles concertations politiques au plus haut niveau. Il appelle à un dialogue direct entre Bamako et Alger,
«sans intermédiaires ni préjugés» afin de restaurer durablement la confiance et de dépasser les incompréhensions apparues ces dernières années.
Ces mesures devraient favoriser la reprise des chantiers de coopération, de la médiation régionale et des échanges officiels. À cet égard, il n’est pas exclu que les deux gouvernements annoncent prochainement un échange de visites de haut niveau.
Cette nouvelle dynamique pourrait également favoriser la relance des principaux cadres de coopération bilatérale, notamment la Grande-Commission mixte de coopération, le Comité bilatéral stratégique, le Comité bilatéral frontalier, la Commission mixte de sécurité ainsi que le Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc). Ces mécanismes devraient permettre de renforcer la surveillance des frontières communes et d’améliorer la coordination face aux menaces transnationales.
La coopération économique et sociale devrait également occuper une place centrale dans cette nouvelle étape. Lors du 36e Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine, tenu en février 2023 à Addis-Abeba, le président Abdelmadjid Tebboune avait affirmé la volonté de l’Algérie d’accompagner le développement du nord du Mali.
Il avait notamment évoqué des projets portant sur la construction d’écoles à Kidal et Gao, la réalisation de forages d’eau, l’installation de kits solaires ainsi que la création d’infrastructures sanitaires.
Le développement des régions septentrionales maliennes apparaît ainsi comme un levier essentiel pour consolider la stabilité, renforcer la cohésion sociale et répondre aux causes profondes de l’insécurité.
Convergence d’intérêts
Au-delà des enjeux sécuritaires, le Mali représente pour l’Algérie un partenaire stratégique dans son ouverture vers le continent africain. Cette coopération s’inscrit notamment dans le cadre de grands projets d’intégration régionale, tels que la route transsaharienne, le développement des infrastructures numériques et les projets énergétiques.
Pour Bamako, Alger demeure également un acteur régional majeur, capable de contribuer aux équilibres du Sahel et d’appuyer les initiatives africaines en faveur de la paix, de la sécurité et du développement.
Le rapprochement algéro-malien ouvre ainsi une nouvelle phase fondée sur le pragmatisme et la complémentarité des intérêts. Dans un environnement sahélien en profonde mutation, la consolidation de ce partenariat apparaît comme un facteur déterminant pour la stabilité de l’ensemble de la région.
S.R.
