Les augmentations successives des salaires décidées par le président Abdelmadjid Tebboune depuis 2020 ont atteint 53 %. Mais selon le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), Amar Takdjout, qui s’exprimait hier sur les ondes de la chaîne III, ces hausses pourraient atteindre 100 % dans les prochaines années.
Le patron de la Centrale syndicale a affirmé que le président de la République « est resté fidèle à ses engagements» et que « son objectif est d’arriver graduellement à une augmentation de 100 % des salaires (…) afin d’améliorer le pouvoir d’achat des citoyens». Il a rappelé qu’il y avait «déjà eu des augmentations dans la fonction publique et chez les retraités atteignant les 15 %». Takdjout a également précisé qu’il s’agissait d’une réponse à « la demande exprimée par l’UGTA lorsque le président nous a rendu visite le 1er mai 2024 ».
À cette occasion, M. Tebboune avait « promis d’étudier l’ensemble des revendications de l’UGTA et de les appliquer de manière graduelle», notamment celles relatives au congé de maternité et aux pensions de retraite. Depuis 2020, les mesures fiscales et salariales -notamment les exonérations d’impôts sur les salaires en début d’année 2020, ainsi que les augmentations enregistrées en 2022, 2023 et 2024- représentent une masse totale de 900 milliards de dinars. En septembre dernier, lors de son entretien périodique avec la presse, le président Tebboune avait annoncé que de nouvelles hausses des salaires, de l’allocation chômage et des bourses estudiantines seront appliquées à partir de 2026, avec une possible extension aux pensions de retraite, « en fonction des moyens de l’État».
Promesse tenue
«La distinction entre promesses et engagements est claire. Mes engagements sont consignés par écrit et seront appliqués», avait-il insisté. Il avait également expliqué qu’il s’était engagé à procéder, à partir de 2026, à une révision des niveaux de salaires, de la bourse des étudiants et de l’allocation chômage, des revalorisations susceptibles d’inclure les pensions de retraite selon les capacités financières du pays. «L’objectif de ces mesures est d’améliorer le pouvoir d’achat de nos concitoyens, une amélioration que les Algériens perçoivent déjà», avait-il soutenu. Le chef de l’État avait par ailleurs indiqué qu’il s’agissait d’atteindre, à l’horizon 2026-2027, un doublement des salaires : «Nous sommes à 47 %, nous ajouterons les 53 % restants.» Il avait également affirmé que le PIB devrait dépasser les 400 milliards de dollars à fin 2025 ou début 2026, avec un taux de croissance maintenu à un niveau satisfaisant. Les revalorisations salariales, a-t-il rappelé, «se feront selon la situation économique du pays et dans des proportions raisonnables, sans déséquilibrer le budget de l’État».
Ces augmentations concernent près de trois millions de salariés -90 % de fonctionnaires et 10 % de contractuels- tandis que les revalorisations des pensions toucheront également environ trois millions de retraités. Réagissant à la décision du président Tebboune d’augmenter le salaire national minimum garanti (SNMG) de 20 000 à 24 000 dinars, le SG de l’UGTA a salué «le respect tout à fait honorable » des engagements pris envers les travailleurs et les citoyens. Il a expliqué que cette revalorisation du SNMG constitue une référence importante dans le calcul des salaires, y compris pour certains cadres et retraités, en tenant compte des capacités financières des entreprises et organismes, de manière à éviter le tassement des grilles salariales. Takdjout a toutefois mis en garde contre les risques inflationnistes, appelant les entreprises économiques à rompre avec «l’attentisme» et à s’engager davantage pour dynamiser «l’économie réelle», celle de la production de biens et de services. «Aujourd’hui, il faut une remise en cause de chacun d’entre nous, dans les entreprises comme dans les administrations. Il ne suffit pas d’attendre uniquement des décisions d’augmentation.
Nous devons changer d’attitude et de vision de notre économie», a-t-il averti. Et de conclure: «Des augmentations non suivies de production et d’une économie forte risquent d’être absorbées par l’inflation.»
Mahmoud Tadjer
