Dans un monde où les semi-conducteurs sont devenus le socle de l’économie numérique, notre pays ne peut plus se contenter du rôle de spectateur.
Par S. M.
Télécommunications, intelligence artificielle, cybersécurité, défense, automobile électrique : toutes ces filières stratégiques reposent sur des puces électroniques dont la maîtrise conditionne la souveraineté technologique des nations.
L’Algérie entretient depuis plus de soixante ans une relation de confiance avec la République populaire de Chine. Pékin a soutenu la Guerre de Libération, construit des infrastructures, investi dans l’énergie et les transports. Mais sur un domaine aussi stratégique que les semi-conducteurs, la coopération reste déséquilibrée : la Chine exporte des produits finis, mais partage peu son savoir-faire critique.
La stratégie chinoise est claire : conserver la maîtrise technologique et éviter qu’un partenaire du Sud ne devienne un concurrent dans un secteur aussi vital.
Quand d’autres pays osent…
Pourtant, d’autres nations, tout en respectant la doctrine d’une «seule Chine», ont choisi une approche plus pragmatique. La France, par exemple, n’a jamais reconnu Taïwan comme État souverain. Mais cela ne l’empêche pas de coopérer industriellement avec Taipei. L’accord récent entre Foxconn et Thales pour implanter en France une usine de semi-conducteurs en est l’illustration.
De même, l’Allemagne a accueilli la première usine européenne du taïwanais TSMC à Dresde. Les États-Unis, sans reconnaître Taïwan diplomatiquement, y investissent massivement pour sécuriser leur chaîne d’approvisionnement. Tous avancent avec une même logique : l’intérêt national et la souveraineté technologique passent avant les susceptibilités diplomatiques.
́L’Algérie face à un choix stratégique
Nos start-up et centres de recherche ont besoin d’accéder à l’écosystème taïwanais des semi-conducteurs, l’un des plus avancés au monde. Pas pour une reconnaissance diplomatique, mais pour un transfert de technologie qui nous permet de :
Réduire notre dépendance à l’importation de matériel électronique,
Former une nouvelle génération d’ingénieurs spécialisés,
Développer un tissu industriel compétitif dans les composants et l’IA,
Et, à terme, renforcer la souveraineté numérique nationale.
Il ne s’agit pas de tourner le dos à Pékin, mais de diversifier nos partenariats, comme le font déjà d’autres puissances émergentes.
Pour une diplomatie économique audacieuse
L’Algérie a deux options : rester enfermée dans une dépendance confortable, ou adopter une diplomatie technologique proactive. Cette dernière suppose d’explorer des coopérations triangulaires, via l’Europe, le Golfe ou l’Afrique, afin d’accéder indirectement aux technologies taïwanaises.
Elle suppose aussi de négocier plus fermement avec Pékin, pour qu’au-delà des chantiers routiers et des logements, la Chine accepte enfin de partager des savoir-faire industriels de pointe.
À l’heure où le monde se redessine autour des semi-conducteurs, l’Algérie ne doit pas rester à l’écart. Comme d’autres, elle peut travailler avec Taïwan sans rompre son alignement avec Pékin. Il s’agit d’une question de réalisme, de souveraineté et de vision stratégique. Car l’avenir ne se joue plus seulement dans le sous-sol de nos hydrocarbures, mais dans le silicium des semi-conducteurs.
S.M.
