Alger et Pretoria veulent traduire leur convergence politique en projets économiques concrets, notamment dans l’énergie, les mines, l’industrie et les investissements. Les deux pays réaffirment également leur volonté de renforcer la voix de l’Afrique sur la scène internationale et de défendre le droit des peuples à l’autodétermination.
L’Algérie et l’Afrique du Sud entendent donner un nouvel élan à leur partenariat stratégique en privilégiant une coopération axée sur les résultats. C’est l’objectif affiché jeudi à Alger par les ministres des Affaires étrangères des deux pays, Ahmed Attaf et Ronald Lamola, à l’issue d’une réunion consacrée au suivi des conclusions de la 7e session de la Grande Commission mixte de coopération, tenue en décembre 2024.
Dans un communiqué conjoint, les deux parties ont réaffirmé leur détermination à faire de leur partenariat un modèle de coopération africaine fondé sur la confiance mutuelle, la solidarité et les intérêts communs. L’enjeu est désormais de dépasser le cadre institutionnel pour concrétiser les engagements pris, à travers des projets assortis d’échéances précises et de mécanismes de suivi.
À cet effet, les deux ministres se sont félicités de la finalisation des procédures relatives au mémorandum d’entente portant création d’un mécanisme de suivi ministériel. Celui-ci permettra d’évaluer régulièrement la mise en œuvre des décisions et de régler les questions en suspens. Les préparatifs de la 8e session de la Grande Commission mixte, prévue à Pretoria et coprésidée par les présidents des deux pays, seront également engagés.
Le commerce et l’investissement en priorité
Sur le plan économique, Alger et Pretoria entendent faire du commerce et de l’investissement les principaux moteurs de leur coopération. Les deux ministres ont convenu de tenir dans les meilleurs délais la première réunion de la Commission mixte sur le commerce et l’investissement et d’activer pleinement le Conseil d’affaires algéro-sud-africain, créé en 2023.
L’intensification des échanges entre opérateurs économiques figure également parmi les priorités, à travers des missions d’affaires réciproques, notamment l’accueil d’une délégation sud-africaine en Algérie et l’organisation d’une exposition de produits algériens à Johannesburg.
Les deux pays souhaitent explorer de nouvelles perspectives dans l’industrie, l’agriculture, les industries agroalimentaires et pharmaceutiques, les transports, la logistique, les infrastructures et l’économie numérique. Parmi les projets envisagés, figurent un éventuel jumelage entre le port de DjenDjen et celui de Durban, ainsi que l’établissement d’une liaison aérienne directe entre Alger et Johannesburg.
La coopération énergétique occupe également une place centrale. Les discussions portent sur le gaz naturel, le gaz naturel liquéfié (GNL), la pétrochimie, les produits pétroliers et les énergies renouvelables, notamment le solaire et l’hydrogène vert, ainsi que sur l’efficacité et le stockage de l’énergie.
Dans le secteur minier, les deux parties ont souligné l’importance stratégique des minéraux critiques et la nécessité de développer des partenariats garantissant une meilleure valorisation des ressources africaines. Le transfert de technologies, la transformation locale et la création de chaînes de valeur continentales constituent des objectifs communs.
Les deux pays entendent également renforcer leur coopération scientifique et technologique, notamment à travers les échanges entre chercheurs et étudiants et le développement de projets dans l’intelligence artificielle, les biotechnologies et l’innovation.
Une convergence sur les enjeux internationaux
Au-delà des intérêts économiques, Alger et Pretoria veulent consolider leur coordination sur les questions régionales et internationales. À la clôture des travaux, Ahmed Attaf a souligné la responsabilité commune des deux pays dans le renforcement de la voix africaine sur la scène internationale, la réforme des institutions de gouvernance mondiale et la défense du droit du continent à déterminer son propre avenir.
Cette convergence repose, selon le Attaf, sur une histoire commune de lutte et de solidarité, ainsi que sur l’attachement au droit international et au droit des peuples à l’autodétermination.
Les deux parties ont réaffirmé leur soutien au droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à l’établissement d’un État indépendant et souverain. Elles ont appelé à mettre fin aux agressions, à protéger les civils, à garantir l’acheminement de l’aide humanitaire et à demander des comptes aux responsables des violations graves du droit international.
Concernant le Sahara occidental, elles ont réitéré leur soutien au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et aux efforts des Nations unies en faveur d’une solution politique juste et durable.
Les discussions ont également porté sur les crises au Sahel, au Soudan et dans l’est de la République démocratique du Congo. Les deux pays ont plaidé pour des solutions politiques, un dialogue inclusif, le règlement pacifique des conflits et le respect de la souveraineté des États.
De son côté, Ronald Lamola a réaffirmé la détermination de son pays à mobiliser son expertise, ses capacités technologiques et ses ressources au service des objectifs communs. Se félicitant des progrès accomplis, il a indiqué qu’il présenterait au président sud-africain un rapport positif sur l’état d’avancement des engagements bilatéraux. Il a également rappelé le soutien apporté par l’Algérie à la lutte de son pays pour la libération.
Enfin, les deux ministres ont appelé à accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), à développer les infrastructures transfrontalières et à renforcer la coopération Sud-Sud dans les domaines du financement du développement, de la technologie et de la sécurité alimentaire et énergétique.
Pour Alger et Pretoria, l’objectif est désormais de transformer leur convergence politique et historique en un levier de développement économique, d’intégration africaine et d’influence collective sur la scène internationale.
Assia M.
