Face aux tentatives de déstabilisation et à la convoitise de ses richesses, le Sahel choisit ses alliances : à Alger, la gratitude ; à Paris, le réquisitoire.
À la tribune de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, a livré un discours à double tranchant : un hommage appuyé à la solidarité algérienne et une charge sévère contre la France, accusée de déstabiliser le Sahel.
Devant les représentants des États membres, le chef du gouvernement nigérien a salué le rôle de l’Algérie dans la résilience de son pays face aux crises régionales. « Le Niger est debout », a-t-il lancé, parce que l’Algérie « a choisi de l’accompagner », notamment à travers des investissements dans les ressources naturelles et un soutien constant dans le domaine de la défense.
Ce partenariat s’étend également à la santé, à l’éducation, à l’énergie, à l’hydraulique et à l’agriculture. Il s’inscrit aussi dans une logique d’intégration régionale, à travers le projet de gazoduc transsaharien Nigeria-Niger-Algérie et la route transsaharienne. Sur le terrain, une centrale électrique de 40 mégawatts a été mise en service à Niamey grâce à l’appui algérien. Les deux pays ont également lancé, en août, le forage du puits « Kafra Sud-Est 1 », dans le nord du Niger.
Une charge frontale contre Paris
Le ton a radicalement changé lorsque le Premier ministre nigérien a évoqué la France, qu’il a accusée de mener une « entreprise perfide » de déstabilisation au Sahel, désormais « très documentée ». Selon lui, ce que certains présentent comme du terrorisme relève en réalité d’une « ingénierie cynique de recolonisation ».
La véritable motivation résiderait, selon lui, dans la convoitise des richesses du sous-sol sahélien — uranium, or, lithium, gaz et pétrole — qui continueraient de « faire saliver les anciennes puissances coloniales ».
Il a dénoncé une entreprise visant à convaincre les peuples de la région de leur incapacité à se gouverner eux-mêmes, afin de les amener à accepter « la tutelle de la France de Macron et de ses alliés », évoquant également des « proxys locaux ».
Le chef du gouvernement nigérien a réaffirmé la détermination des pays du Sahel à « défendre leur liberté, leurs ressources et leur dignité, quel qu’en soit le prix ».
Ces accusations font écho à celles formulées par le gouvernement nigérien début septembre, qui avait mis en cause la France dans une tentative présumée de déstabilisation dans la nuit du 28 au 29 août, évoquant une « documentation conséquente » et se réservant le droit de saisir la justice internationale.
Un message qui dépasse la seule France
Si Paris est directement visé, l’emploi du pluriel — « les anciennes puissances coloniales » — laisse entrevoir un message adressé plus largement aux puissances occidentales, dont la présence au Sahel fait l’objet de critiques croissantes depuis l’arrivée au pouvoir des juntes militaires.
Ce discours s’inscrit dans une rhétorique désormais récurrente dans plusieurs capitales sahéliennes, marquée par la remise en cause des anciens partenariats occidentaux et la recherche de nouveaux appuis, notamment auprès de l’Algérie, de la Russie et de la Turquie.
Paris n’a pas publiquement réagi à ces accusations au moment du discours.
Alger réaffirme son approche
En marge de cette séquence diplomatique, le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a participé à une réunion consacrée à la « Sécurité et au développement au Sahel ». Il y a rappelé la profondeur des liens historiques entre l’Algérie et ses voisins sahéliens, ainsi que l’engagement d’Alger en faveur du respect de leur souveraineté, de leur intégrité territoriale et de leur droit à déterminer eux-mêmes les moyens de garantir leur sécurité, « loin de toute ingérence extérieure ».
Il a également mis en avant l’approche globale portée par le président Abdelmadjid Tebboune, fondée sur le lien étroit entre sécurité et développement pour répondre aux défis multidimensionnels auxquels la région est confrontée.
R.N
