Alors que l’année 2025 s’annonce particulièrement rude pour l’Afrique, entre conflits persistants, catastrophes naturelles et crise alimentaire, l’alarme lancée par le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) résonne comme un cri de détresse ignoré.
Dans son rapport annuel sur «les crises les plus négligées au monde», l’organisation humanitaire dresse un constat glaçant : les pays africains dominent largement le classement des situations les plus invisibilisées sur la scène internationale. Parmi les 34 pays étudiés, la majorité est africaine. Le Cameroun, l’Éthiopie, le Mozambique, le Burkina Faso, le Mali, l’Ouganda, la République démocratique du Congo et la Somalie sont pointés du doigt. Leur point commun ? Une accumulation de crises humanitaires – déplacements massifs de population, insécurité alimentaire, violences armées – doublée d’un désintérêt flagrant de la part des bailleurs de fonds et des médias internationaux.
Le NRC parle d’«épuisement des donateurs», d’une couverture médiatique quasi inexistante et d’un blocage politique chronique. Le Cameroun, par exemple, arrive en tête du classement. Le pays fait face à une guerre civile dans ses régions anglophones depuis 2017 et à des incursions répétées de Boko Haram dans le Nord. Plus d’un million de personnes sont déplacées, tandis que les réfugiés affluent de la Centrafrique et du Nigeria. Pourtant, la réponse humanitaire est largement insuffisante : seuls 45% des fonds nécessaires ont été collectés en 2024, et le conflit n’a été mentionné que dans 30 000 articles internationaux, contre plus de 450 000 pour l’Ukraine. En Éthiopie, les séquelles de la guerre du Tigré (2020-2022) se mêlent à de nouveaux affrontements entre groupes armés en Oromia et en Amhara. Le pays compte près de 10 millions de déplacés internes. Au Mozambique, ce sont les attaques djihadistes au nord et les conséquences d’un cyclone dévastateur qui plongent la population dans le désarroi. Les élections contestées d’octobre 2024 ont, en outre, accentué les tensions.
Le Burkina Faso et le Mali sont, quant à eux, pris dans la spirale d’une insécurité croissante. Les groupes armés y contrôlent de vastes territoires, assiègent des villes et bloquent l’accès à l’aide humanitaire. Les gouvernements, qui ont coupé les ponts avec les partenaires occidentaux, sont accusés de restreindre le travail des ONG. Le désengagement des donateurs est perçu comme une sanction indirecte. À cette situation déjà critique s’ajoute une baisse préoccupante du financement international. En 2024, l’écart entre les besoins humanitaires mondiaux et les ressources disponibles a atteint 25 milliards de dollars. La réduction drastique de l’aide américaine, traditionnellement premier contributeur, alimente les craintes pour 2025. La décision de l’administration Trump de couper dans le budget de l’USAID impacte directement plusieurs pays africains clés, comme l’Éthiopie, la RDC ou le Nigéria. D’autres pays européens annoncent également des coupes à venir : les Pays-Bas prévoient de réduire leur aide de 2,4 milliards d’euros d’ici 2027, et la France, la Belgique, la Suisse ou encore l’Allemagne suivent une tendance similaire. Le désengagement est global, alors même que les besoins humanitaires, eux, explosent. Face à l’indifférence internationale, le Conseil norvégien pour les réfugiés appelle l’Union africaine à agir davantage.
Critiquée pour sa lenteur et son passivisme, l’institution peine à proposer des solutions concrètes. Christelle Haur, responsable plaidoyer pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, insiste sur la nécessité d’un engagement politique clair de la part de l’Union africaine et de ses États membres, en plus du soutien des bailleurs. Ce plaidoyer pose une question cruciale : combien de temps l’Afrique devra-t-elle encore crier sans être entendue ? Pour les populations déplacées et traumatisées, l’urgence est quotidienne et la survie incertaine, tandis que le silence mondial représente une nouvelle forme de violence.
A.M.
